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	<title>Agir Contre le Colonialisme Aujourd'hui</title>
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	<description>L'association a pour but de d&#233;noncer les tentatives actuelles et r&#233;centes de recolonisation du monde, par l'agression &#233;conomique, culturelle et militaire ainsi que de d&#233;noncer les m&#233;faits du colonialisme ancien.</description>
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		<title>Agir Contre le Colonialisme Aujourd'hui</title>
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		<title>Islamophobie : les origines du mal</title>
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		<dc:creator>Carine Fouteau</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les r&#233;actions politico-m&#233;diatiques &#224; l'assassinat d'Aboubakar Ciss&#233; donnent &#224; voir de mani&#232;re crue l'accablant spectacle d'une France enferm&#233;e dans le d&#233;ni. &#192; la confluence de la dette coloniale et de l'&#233;chec n&#233;olib&#233;ral, l'islamophobie doit &#234;tre combattue comme l'un des avatars du refus de l'&#233;galit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
source : mediapart.fr&lt;br class='autobr' /&gt;
La France ne d&#233;couvre pas l'islamophobie avec l'assassinat au couteau d'Aboubakar Ciss&#233;, au matin du vendredi 25 avril, dans la mosqu&#233;e de La Grand-Combe (Gard). Elle fait l'exp&#233;rience de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.acca.1901.org/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;actions politico-m&#233;diatiques &#224; l'assassinat d'Aboubakar Ciss&#233; donnent &#224; voir de mani&#232;re crue l'accablant spectacle d'une France enferm&#233;e dans le d&#233;ni. &#192; la confluence de la dette coloniale et de l'&#233;chec n&#233;olib&#233;ral, l'islamophobie doit &#234;tre combattue comme l'un des avatars du refus de l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;source : &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/100525/islamophobie-les-origines-du-mal&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;mediapart.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La France ne d&#233;couvre pas l'islamophobie avec l'assassinat au couteau d'Aboubakar Ciss&#233;, au matin du vendredi 25 avril, dans la mosqu&#233;e de La Grand-Combe (Gard). Elle fait l'exp&#233;rience de l'horreur des cons&#233;quences de son emprise, non seulement dans l'espace politico-m&#233;diatique, mais aussi au plus haut niveau de l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; les propos explicites de l'attaquant tenus face cam&#233;ra (&#171; Je l'ai fait, [&#8230;] ton Allah de merde &#187;, a-t-il r&#233;p&#233;t&#233; dans une vid&#233;o rapidement identifi&#233;e par les services de police), l'inertie de l'ex&#233;cutif et la vacuit&#233; de ses formules incantatoires sur la R&#233;publique et l'universalisme illustrent sa g&#234;ne &#224; se positionner. Face &#224; un drame qui vise une population dont il a fait une cible politique r&#233;currente, dont le mobile pr&#233;cis reste certes &#224; &#233;tablir, mais pour lequel une information judiciaire a &#233;t&#233; ouverte pour &#171; meurtre avec pr&#233;m&#233;ditation et &#224; raison de la race ou de la religion &#187;, le pouvoir ne fait m&#234;me pas le minimum.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;action tardive, choix de se rendre &#224; la sous-pr&#233;fecture d'Al&#232;s plut&#244;t qu'&#224; la mosqu&#233;e, incapacit&#233; &#224; nommer le jeune Malien de 22 ans &#8211; pr&#233;f&#233;rant le qualifier d'&#171; individu &#187; &#8211;, peu d'empressement &#224; rencontrer la famille&#8230; Les atermoiements de Bruno Retailleau, ministre de l'int&#233;rieur charg&#233; des cultes, ne peuvent qu'&#234;tre per&#231;us comme une marque d'irrespect et de m&#233;pris par les musulman&#183;es vivant en France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Repr&#233;sentant 10 % de la population m&#233;tropolitaine selon l'Insee et l'Ined, ces derniers sont massivement victimes de pr&#233;jug&#233;s (derri&#232;re les Roms, mais devant les Chinois, les Juifs et les Noirs), selon la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), alors que leur religion se place au premier rang des cultes minoritaires face au catholicisme, devant le juda&#239;sme et le protestantisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le malaise est d'autant plus sensible que le ministre, par ailleurs en comp&#233;tition avec Laurent Wauquiez pour la pr&#233;sidence de Les R&#233;publicains (LR), est l'incarnation au sein du gouvernement d'une droite vend&#233;enne anti-immigration et anti-islam d&#233;complex&#233;e. Celui dont &#171; les discours r&#233;pandent la suspicion et attisent la haine contre nos compatriotes musulmans &#187;, selon la formule de la d&#233;put&#233;e &#233;cologiste des Hauts-de-Seine Sabrina Sebaihi, assume en effet sa bataille id&#233;ologique contre le voile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le sport, &#224; l'universit&#233;, lors des sorties scolaires, etc., Bruno Retailleau l'&#233;rige en &#171; &#233;tendard islamiste &#187;, fustige l'&#171; ensauvagement &#187; de la soci&#233;t&#233; et reproche aux plus jeunes de &#171; r&#233;gresser vers leurs origines ethniques &#187;. Il assume la r&#233;f&#233;rence aux &#171; Fran&#231;ais de papier &#187; de l'Action fran&#231;aise des ann&#233;es 1930, quand il ne s'en prend pas directement &#224; une foi musulmane accus&#233;e d'&#234;tre un &#171; danger pour la France &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, quand, interrog&#233; sur l'attaque, le locataire de Beauvau &#233;voque un acte &#171; anti-islamiste &#187;, il peine &#224; convaincre que sa langue a fourch&#233;. D'ailleurs, lorsqu'il d&#233;clare que &#171; les islamistes souhaitent que les femmes soient viol&#233;es &#187;, au lieu de &#171; voil&#233;es &#187;, il qualifie son lapsus de &#171; curieux acte manqu&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un terme toujours contest&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aux manquements de Bruno Retailleau apr&#232;s l'assassinat d'Aboubakar Ciss&#233; s'est ajout&#233;e une s&#233;rie de dysfonctionnements politico-institutionnels. Retard &#224; l'allumage du pr&#233;fet du Gard &#8211; qui a mis quatre jours &#224; se rendre sur les lieux du drame &#8211;, absence de repr&#233;sentant&#183;es des pouvoirs publics &#224; la marche blanche, d&#233;saccords &#224; propos de la minute de silence &#224; l'Assembl&#233;e et au S&#233;nat&#8230; Mis bout &#224; bout, ces faux pas ont mis en &#233;vidence une probl&#233;matique de diff&#233;rence de traitement avec d'autres crimes perp&#233;tr&#233;s, comme celui-ci, &#171; &#224; raison de la race ou de la religion &#187;, au risque d'alimenter un dangereux deux poids et deux mesures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est ailleurs que l'enracinement de l'islamophobie a trouv&#233; sa traduction la plus inqui&#233;tante. Que la controverse dans l'espace politico-m&#233;diatique persiste &#224; se concentrer avec autant de virulence sur l'usage du terme &#171; islamophobie &#187; montre combien s'est banalis&#233;e l'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard des actes anti-musulmans, dont les statistiques du minist&#232;re de l'int&#233;rieur ne parviennent pas &#224; rendre compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; lire aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
Islamophobie, racisme anti-musulman : le sens cach&#233; des mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les musulmans &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce terme &#171; islamophobie &#187; est pourtant admis depuis deux d&#233;cennies par le consensus des scientifiques et des organisations internationales. Refuser de nommer une r&#233;alit&#233; sociale est une mani&#232;re de l'occulter socialement et politiquement, voire de nier son existence. &#192; tout le moins de n'en admettre ni l'ampleur ni l'impact. En se fossilisant &#224; ce point, le d&#233;bat public emp&#234;che d'&#233;tablir un diagnostic &#224; la hauteur du probl&#232;me et d'y apporter les r&#233;ponses politiques adapt&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas un hasard si ce d&#233;ni est sp&#233;cifiquement fran&#231;ais, puisqu'il d&#233;coule de notre histoire coloniale, ainsi que l'explique l'intellectuelle Reza Zia-Ebrahimi, dans un article intitul&#233; &#171; The French origins of &#8220;Islamophobia denial&#8221; &#187; de la revue acad&#233;mique Patterns of Prejudice. En refusant d'assumer le pass&#233;, les autorit&#233;s emp&#234;chent toute r&#233;paration, et ce faisant, violentent le pr&#233;sent, en divisant et meurtrissant la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'islamophobie, litt&#233;ralement &#171; peur de l'islam &#187;, d&#233;signe la mani&#232;re dont l'hostilit&#233; &#224; cette religion est instrumentalis&#233;e pour recouvrir le rejet des personnes musulmanes, ou suppos&#233;es telles. Elle qualifie ainsi les st&#233;r&#233;otypes, les injures, les agressions et les pratiques discriminatoires &#224; l'&#233;gard d'une population essentialis&#233;e comme groupe inf&#233;rieur et ind&#233;sirable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque la critique des religions rel&#232;ve de la libert&#233; d'expression, l'islamophobie a pu passer comme une mani&#232;re &#171; respectable &#187; de stigmatiser une minorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Loin d'emp&#234;cher la critique l&#233;gitime d'une religion, ce mot permet de d&#233;crypter, et par cons&#233;quent de combattre, un processus social de racialisation et d'alt&#233;risation. &#171; Si &#234;tre musulman, ce n'est pas l'&#234;tre n&#233;cessairement religieusement, l'islam jouerait alors un r&#244;le analogue &#224; celui de la couleur de peau : &#234;tre musulman, c'est comme &#234;tre un Noir ; l'islam sert alors, comme la couleur de peau, de sorte de pat&#232;re &#224; laquelle on accroche tous les pr&#233;jug&#233;s, tous les stigmates, tous les racismes &#187;, &#233;crivait le sociologue Abdelmalek Sayad, dans Histoire et recherche identitaire (2002).&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque la critique des religions rel&#232;ve de la libert&#233; d'expression, l'islamophobie a pu passer comme une mani&#232;re &#171; respectable &#187; de stigmatiser une minorit&#233;, alors m&#234;me qu'elle consiste en un racisme qui constitue, au m&#234;me titre que l'antis&#233;mitisme et l'ensemble des autres racismes, un d&#233;lit et non une opinion.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La fabrique du &#171; probl&#232;me musulman &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat d'Aboubakar Ciss&#233; est ainsi l'aboutissement d'un long processus de construction d'un &#171; probl&#232;me musulman &#187;, qui a eu pour effet de fa&#231;onner le regard de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise sur ses compatriotes musulman&#183;es. Pour sortir de l'aveuglement, il est urgent d'en comprendre les causes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les origines de l'islamophobie empruntent aux m&#233;canismes de diff&#233;renciation, de mise au ban, voire d'exclusion de la communaut&#233; nationale exp&#233;riment&#233;s par les juifs d'Europe et les populations noires et hispanophones &#233;tats-uniennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Norbert Elias par lui-m&#234;me (1991), le sociologue explique que &#171; le ressentiment surgit quand un groupe marginal socialement inf&#233;rieur, m&#233;pris&#233; et stigmatis&#233;, est sur le point d'exiger l'&#233;galit&#233; non seulement l&#233;gale, mais aussi sociale, quand ses membres commencent &#224; occuper dans la soci&#233;t&#233; des positions qui leur &#233;taient autrefois inaccessibles, c'est-&#224;-dire quand ils commencent &#224; entrer en concurrence avec les membres de la majorit&#233; en tant qu'individus socialement &#233;gaux, et peut-&#234;tre m&#234;me quand ils occupent des positions qui conf&#232;rent aux groupes m&#233;pris&#233;s un statut plus &#233;lev&#233; et plus de possibilit&#233;s de pouvoir qu'aux groupes &#233;tablis dont le statut social est inf&#233;rieur et qui ne se sentent pas en s&#233;curit&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; lire aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
Hanane Karimi, sociologue : &#171; En France, le musulman est associ&#233; au danger &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Islam de France : &#171; La logique du soup&#231;on est devenue la boussole de l'&#201;tat fran&#231;ais &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;sum&#233;, les groupes marginaux m&#233;pris&#233;s sont tol&#233;r&#233;s tant qu'ils ne cherchent pas &#224; sortir de l'inf&#233;riorit&#233; sociale dans laquelle ils ont &#233;t&#233; plac&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans leur ouvrage fondateur publi&#233; en 2013, intitul&#233; Islamophobie. Comment les &#233;lites fran&#231;aises fabriquent le &#171; probl&#232;me musulman &#187; (&#201;ditions La D&#233;couverte), les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed concluent, &#224; l'appui de cette citation de Norbert Elias, que l'&#233;mergence de l'islamophobie doit &#234;tre analys&#233;e comme &#171; un des avatars du refus de l'&#233;galit&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s les ann&#233;es 1980, au moment o&#249; les premiers sympt&#244;mes apparaissent, le rejet des musulman&#183;es tisse &#233;troitement la question du d&#233;classement propre aux effets du n&#233;olib&#233;ralisme et la question postcoloniale, autrement dit la question sociale et la question raciale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un des lieux de fixation initiale, les gr&#232;ves ouvri&#232;res contre les licenciements massifs dans l'industrie automobile, symbolise parfaitement cet entrem&#234;lement. Apr&#232;s avoir fait venir &#224; tour de bras des immigr&#233;s postcoloniaux, et notamment alg&#233;riens, marocains et tunisiens, apr&#232;s les ind&#233;pendances, les usines peinent &#224; les &#171; absorber &#187; &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1970 et de la crise du p&#233;trole. Dans le m&#234;me temps, l'administration fran&#231;aise, sans attendre la &#171; lep&#233;nisation des esprits &#187;, commence &#224; consid&#233;rer que l'immigration pose probl&#232;me jusqu'&#224; suspendre les arriv&#233;es l&#233;gales en 1974.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'ils d&#233;braient en 1982, les ouvriers immigr&#233;s de Citro&#235;n &#224; Aulnay-sous-Bois et de Talbot &#224; Poissy, plus ou moins suivis par les syndicats, voient rapidement leurs actions d&#233;l&#233;gitim&#233;es. Au motif qu'&#224; leurs revendications sociales classiques (organisation du travail, salaires, libert&#233;s individuelles et syndicales) s'ajoute la demande d'un lieu de pri&#232;re, comme il y en avait pourtant d&#232;s 1976 &#224; Renault, &#224; Boulogne-Billancourt, sans que cela provoque de remous.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question patente &#8211; faut-il ou non accepter &#224; l'&#233;cole le port du voile dit islamique ? &#8211; occulte la question latente &#8211; faut-il ou non accepter en France les immigr&#233;s d'origine nord-africaine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux yeux du patronat, des m&#233;dias et des responsables politiques, la question religieuse est alors le pr&#233;texte pour enrayer un combat de classe. Une note interne de PSA &#233;voque alors un &#171; risque non n&#233;gligeable de voir des mouvements int&#233;gristes, soit spontan&#233;s soit venus du Proche-Orient, s'efforcer de tirer b&#233;n&#233;fice de cette agitation &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour n'en citer qu'un dans le champ politique, Gaston Defferre, ministre de l'int&#233;rieur socialiste d'alors, d&#233;nonce &#171; des gr&#232;ves saintes, d'int&#233;gristes, de musulmans, de chiites &#187;. Pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle plus tard, observer la similitude avec les saillies actuelles de tel ou tel ministre sur la suppos&#233;e menace que repr&#233;senteraient pour la France les Fr&#232;res musulmans a quelque chose de vertigineux. Le d&#233;cor du d&#233;solant spectacle aujourd'hui sous nos yeux s'installe &#224; ce moment-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le deuxi&#232;me &#233;tage de la fus&#233;e islamophobe est pos&#233; en 1989, avec la premi&#232;re &#171; affaire du voile &#187; de Creil, dans le contexte hautement sensible de la fatwa de Khomeini contre Salman Rushdie &#224; la suite de la publication des Versets sataniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; lire aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
Abdellali Hajjat : &#171; La Marche pour l'&#233;galit&#233; est m&#233;connue des jeunes issus de l'immigration &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En France, &#171; les origines de l'islamophobie sont coloniales &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont plus les travailleurs immigr&#233;s qui sont d&#233;sormais dans le viseur, mais leurs enfants. La &#171; deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration &#187; s'&#233;tait manifest&#233;e lors de la Marche pour l'&#233;galit&#233; et contre le racisme, qui avait vu se rejoindre sur les routes de France d'abord une poign&#233;e, puis des dizaines de milliers de personnes, entre Marseille et Paris, du 15 octobre 1983 au 3 d&#233;cembre 1983. Une marche en r&#233;action aux violences polici&#232;res contre des jeunes des Minguettes, pr&#232;s de Lyon, qui fut progressivement instrumentalis&#233;e et d&#233;politis&#233;e par l'av&#232;nement de SOS Racisme, structure proche du PS qui accaparera la parole l&#233;gitime sur les questions de discriminations dans les quartiers populaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment de l'affaire du voile, il fallait alors leur faire payer cette irruption dans l'espace public. Le sociologue Pierre Bourdieu traduit, dans un article intitul&#233; &#171; Un probl&#232;me peut en cacher un autre &#187;, ce qu'il fallait en r&#233;alit&#233; comprendre de ce qui se joue &#224; Creil : &#171; La question patente &#8211; faut-il ou non accepter &#224; l'&#233;cole le port du voile dit islamique ? &#8211; occulte la question latente &#8211; faut-il ou non accepter en France les immigr&#233;s d'origine nord-africaine ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le carburant de l'extr&#234;me droite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, et encore plus depuis le 11-Septembre, r&#233;activ&#233; par les attentats islamistes de 2015 et 2016, la focalisation sur les musulman&#183;es et la mise en cause implicite de leur pr&#233;sence en France n'ont jamais cess&#233;. Elles ont pris des formes vari&#233;es, mais se sont toujours inscrites dans cette m&#234;me matrice que l'extr&#234;me droite, d&#232;s les ann&#233;es 1980, a exploit&#233;e habilement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de son enqu&#234;te aupr&#232;s d'&#233;lecteurs et d'&#233;lectrices du Rassemblement national, racont&#233;e dans son livre Des &#233;lecteurs ordinaires. Enqu&#234;te sur la normalisation de l'extr&#234;me droite (Seuil, 2024), le sociologue et politiste F&#233;licien Faury observe &#171; &#224; quel point le vocabulaire du religieux s'impos[e] comme l'une des mani&#232;res privil&#233;gi&#233;es de dire le racial &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour les &#233;lecteurs rencontr&#233;s durant ma recherche, &#233;crit-il aussi, les manifestations de la religion musulmane sont interpr&#233;t&#233;es comme proprement anormales, au sens o&#249; elles s'&#233;loignent d'une norme con&#231;ue comme majoritaire. Les r&#233;actions de rejet qu'elles suscitent &#233;mergent d'autant plus facilement que les personnes interrog&#233;es se sentent l&#233;gitimes dans leurs attentes, habitu&#233;es et habilit&#233;es &#224; trouver autour d'elles un monde &#8220;familier&#8221;, ajust&#233; &#224; leurs styles de vie majoritaires (de l'alcool vendu dans tous les caf&#233;s, des cheveux f&#233;minins visibles, des signes cultuels ou culturels restreints &#224; la culture chr&#233;tienne, etc.). L'islamophobie s'&#233;nonce ainsi depuis la norme, depuis un imaginaire national qui continue de construire l'islam comme une r&#233;alit&#233; &#233;trang&#232;re, devant encore faire accepter son existence au sein de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme en t&#233;moignent les &#233;pisodes fondateurs des gr&#232;ves ouvri&#232;res puis de Creil, la construction d'un &#171; probl&#232;me musulman &#187; n'est pas de la seule responsabilit&#233; de l'extr&#234;me droite fran&#231;aise, qui a th&#233;oris&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1960 une alt&#233;rit&#233; arabe et musulmane fond&#233;e sur l'id&#233;e que l'islam serait incompatible avec &#171; nos traditions fran&#231;aises &#187;. Tant s'en faut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les repr&#233;sentations n&#233;gatives de l'islam, aujourd'hui largement diffus&#233;es dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, ont &#233;t&#233; v&#233;hicul&#233;es d'abord et avant tout par les discours politiques, les lois &#233;tatiques et les cadrages m&#233;diatiques. &#192; grande &#233;chelle, et par-del&#224; les clivages partisans, les d&#233;clarations-chocs et les unes toujours plus stigmatisantes ont &#339;uvr&#233; bien plus efficacement &#224; la marginalisation des musulman&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;ni postcolonial, concurrence n&#233;olib&#233;rale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Du d&#233;bat sur l'identit&#233; nationale lanc&#233; par Nicolas Sarkozy &#224; la loi sur le s&#233;paratisme d'Emmanuel Macron, en passant par la d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233; de Fran&#231;ois Hollande, pour ne citer que quelques-unes des initiatives les plus saillantes, les pouvoirs publics ont impos&#233; les musulman&#183;es comme la figure du minoritaire par excellence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans forc&#233;ment les nommer sp&#233;cifiquement, ils ont fini par fa&#231;onner l'image d'un groupe constitu&#233; en &#171; ennemi int&#233;rieur &#187;, &#171; radicalis&#233; en puissance &#187;, et d&#232;s lors &#224; consid&#233;rer en intrus sur le territoire. Une cat&#233;gorie d'ind&#233;sirables dont il serait justifi&#233; de chercher &#224; se d&#233;barrasser, pour pr&#233;server la coh&#233;sion de la nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, l'islamophobie, pourtant revendiqu&#233;e par certain&#183;es au nom de la lutte pour les droits des femmes, s'est particuli&#232;rement retourn&#233;e contre les musulmanes de tous &#226;ges. Leurs corps et leurs v&#234;tements ont &#233;t&#233; l'objet d'une constante attention publique. Voile, bandana, longueur-forme-couleur des jupes, des robes et m&#234;me des v&#234;tements de bain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; lire aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
Extr&#234;morama. Pass&#233; colonial, pr&#233;sent national &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette violence &#224; les d&#233;signer comme non-Fran&#231;aises ne peut que rappeler la brutalit&#233; avec laquelle l'administration coloniale for&#231;ait les femmes alg&#233;riennes &#224; retirer leur voile pour les photographier ou pour les contraindre &#224; t&#233;moigner de leur attachement &#224; la France.&lt;br class='autobr' /&gt;
En plus de l'incapacit&#233; des autorit&#233;s &#224; dig&#233;rer les ind&#233;pendances, comme en t&#233;moignent encore aujourd'hui les ubuesques tensions avec l'Alg&#233;rie, l'&#233;chec patent du n&#233;olib&#233;ralisme, notamment depuis 2008, a pouss&#233; les partis de gouvernement &#224; se saisir des th&#232;mes de pr&#233;dilection de l'extr&#234;me droite. Convaincus, &#224; tort si l'on en croit leurs r&#233;sultats &#233;lectoraux et la dynamique &#233;lectorale du RN, qu'ils ne pourraient se maintenir au pouvoir qu'en s&#233;duisant l'&#233;lectorat frontiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;chouant &#224; relancer la productivit&#233; et la croissance, les gouvernants successifs &#8211; de droite comme de gauche &#8211; ont construit une &#233;conomie de &#171; jeu &#224; somme nulle &#187;, dans laquelle la promesse de redistribution a &#233;t&#233; remplac&#233;e par une mise en concurrence au sein m&#234;me de la soci&#233;t&#233;. &#171; Pour obtenir plus, les groupes sociaux doivent pr&#233;tendre &#8220;prendre&#8221; aux autres, expliquait r&#233;cemment Romaric Godin dans nos colonnes. Et comme les n&#233;olib&#233;raux refusent toute redistribution du haut vers le bas et ont, pour ce faire, d&#233;truit tout sentiment de classe sociale, ce sont logiquement les appartenances ethniques ou raciales qui ont repris le dessus. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; lire aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
Du social au racial, les mutations du &#171; militantisme des quartiers &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
S&#233;rie Les m&#233;tamorphoses de la question raciale 6 &#233;pisodes&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous vivons dans un pays o&#249; l'antis&#233;mitisme et l'islamophobie tuent. Un pays o&#249; les autorit&#233;s soufflent impun&#233;ment sur les braises de la division entre nos concitoyen&#183;nes. Un pays o&#249; le capitalisme ne peut survivre sans un confortable volant de surnum&#233;raires racis&#233;&#183;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'extr&#234;me droite n'a pas encore franchi le &#171; barrage &#187; &#233;lectoral de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, mais ses obsessions s'infiltrent profond&#233;ment dans la soci&#233;t&#233;, gr&#226;ce aux &#233;lites m&#233;diatiques et politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inverser la donne suppose d&#233;j&#224; d'accepter de nommer l'islamophobie, puis de regarder l'histoire coloniale en face et de refuser les logiques de mise en concurrence d&#233;coulant de la destruction de l'&#201;tat social. Bref, cela suppose de r&#233;tablir une &#171; R&#233;publique indivisible, la&#239;que, d&#233;mocratique et sociale &#187; digne de ce nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une R&#233;publique qui assurerait &#171; l'&#233;galit&#233; devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion &#187;. Comme l'exige l'article premier de la Constitution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Carine Fouteau&lt;/p&gt; &lt;p&gt;source : &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/100525/islamophobie-les-origines-du-mal&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;mediapart.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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