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	<title>Agir Contre le Colonialisme Aujourd'hui</title>
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	<description>L'association a pour but de d&#233;noncer les tentatives actuelles et r&#233;centes de recolonisation du monde, par l'agression &#233;conomique, culturelle et militaire ainsi que de d&#233;noncer les m&#233;faits du colonialisme ancien.</description>
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		<title>Agir Contre le Colonialisme Aujourd'hui</title>
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		<title>Syrie : nouvelle victoire pour la strat&#233;gie du chaos</title>
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		<dc:creator>Bruno GUIGUE</dc:creator>



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&lt;p&gt;Avec le soutien massif d'un pays-membre de l'OTAN, la Turquie d'Erdogan, qui r&#234;ve depuis longtemps d'annexer le Nord de la Syrie, les mercenaires takfiristes ont pris le pouvoir &#224; Damas, et l'&#201;tat syrien s'est effondr&#233; comme un ch&#226;teau de cartes. On s'&#233;tonne de cette soudainet&#233;. Mais une &#233;conomie en ruine, g&#233;n&#233;ratrice d'une corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e, une arm&#233;e saign&#233;e &#224; blanc par la guerre, une l&#233;gitimit&#233; min&#233;e par l'impuissance du gouvernement face aux intrusions &#233;trang&#232;res, sans parler de l'usure du pouvoir, tout a (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.acca.1901.org/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec le soutien massif d'un pays-membre de l'OTAN, la Turquie d'Erdogan, qui r&#234;ve depuis longtemps d'annexer le Nord de la Syrie, les mercenaires takfiristes ont pris le pouvoir &#224; Damas, et l'&#201;tat syrien s'est effondr&#233; comme un ch&#226;teau de cartes. On s'&#233;tonne de cette soudainet&#233;. Mais une &#233;conomie en ruine, g&#233;n&#233;ratrice d'une corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e, une arm&#233;e saign&#233;e &#224; blanc par la guerre, une l&#233;gitimit&#233; min&#233;e par l'impuissance du gouvernement face aux intrusions &#233;trang&#232;res, sans parler de l'usure du pouvoir, tout a contribu&#233; &#224; cet effondrement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;par Bruno GUIGUE in &lt;a href=&#034;https://www.legrandsoir.info/syrie-nouvelle-victoire-pour-la-strategie-du-chaos.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;legrandsoir.info&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Face &#224; une arm&#233;e turco-takfiriste lourdement &#233;quip&#233;e et compos&#233;e de mercenaires arabes, ouzbeks et ou&#239;ghours mieux pay&#233;s que les officiers de l'arm&#233;e syrienne, les digues ont c&#233;d&#233;, et Bachar Al-Assad a pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;viter un bain de sang inutile en se retirant du jeu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La conqu&#234;te de Damas par le dernier avatar frelat&#233; d'Al-Qaida est le r&#233;sultat d'un tr&#232;s long travail de sape : il aura fallu treize ann&#233;es de guerre ininterrompue et de sanctions mortif&#232;res inflig&#233;es au peuple syrien par ses ennemis occidentaux pour liquider le r&#233;gime fond&#233; par Hafiz Al-Assad il y a plus de soixante ans. La victoire des takfiristes de HTS, ces proches parents des assassins du Bataclan, a &#233;t&#233; salu&#233;e par les applaudissements enthousiastes de Tel Aviv et des capitales occidentales. Ces m&#234;mes milices ont d'ailleurs chaleureusement remerci&#233; Isra&#235;l pour son aide pr&#233;cieuse. Dans la foul&#233;e, l'arm&#233;e sioniste vient de s'emparer de la totalit&#233; du Golan, et son aviation d&#233;truit syst&#233;matiquement les infrastructures militaires syriennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis des d&#233;cennies, la Syrie &#233;tait le pivot de l'axe de la r&#233;sistance face &#224; l'invasion sioniste et &#224; la domination imp&#233;rialiste. Son engagement en faveur de la nation arabe et de la cause palestinienne lui a surtout valu des ennuis. Elle &#233;tait isol&#233;e dans la r&#233;gion, o&#249; seuls la r&#233;sistance palestinienne, le Hezbollah, les Houthis, et bien s&#251;r l'Iran n'ont pas pli&#233; le genou devant l'ennemi. Au sein de la Ligue arabe, rares sont les pays, comme l'Alg&#233;rie, &#224; avoir eu le courage d'affronter les vents dominants en provenance de Washington. Aujourd'hui, la Syrie souveraine, ce &#171; c&#339;ur battant du nationalisme arabe &#187; dont parlait Nasser, est vaincue, et nul ne sait ce qu'elle deviendra &#224; l'issue de ces &#233;v&#233;nements dramatiques. Un sc&#233;nario &#224; la libyenne est tout &#224; fait plausible, puisque le pays est d&#233;j&#224; morcel&#233; et occup&#233; par des puissances &#233;trang&#232;res qui utilisent leurs &#171; proxies &#187; pour se tailler un fief territorial, faisant fi du droit international dont ils se r&#233;clament hypocritement en d'autres occasions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au total, cette victoire du mercenariat takfiriste pilot&#233; par Ankara avec la complicit&#233; de Washington et Tel Aviv est une d&#233;faite cuisante non seulement pour l'axe de la r&#233;sistance, mais pour le monde arabe dans son ensemble. Les Palestiniens seront les premiers &#224; en faire les frais. Avec la coupure des voies d'approvisionnement du Hezbollah depuis l'Iran, cette nouvelle donne laisse l'organisation chiite dans l'incertitude. Tel Aviv pourrait en profiter pour pousser son avantage au Sud-Liban et laver l'affront de son &#233;chec sur le terrain depuis deux mois. Si la r&#233;sistance libanaise subissait le sort de la Syrie, le mouvement national palestinien serait priv&#233; de son dernier alli&#233; dans la proche r&#233;gion. En saluant la prise de Damas par les takfiristes, le Hamas s'est tir&#233; une balle dans le pied.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; de l'enjeu palestinien, le plan am&#233;ricano-sioniste visant &#224; la d&#233;composition du Moyen-Orient par la strat&#233;gie du chaos, opportun&#233;ment relanc&#233; par Ankara, se d&#233;roule de mani&#232;re implacable. Ni la Russie ni la Chine n'y pourront rien. Trop loin, trop occup&#233;es &#224; assumer les cons&#233;quences de la menace imp&#233;rialiste &#224; leurs propres fronti&#232;res terrestres ou maritimes. Si le monde arabe ne se ressaisit pas, il continuera de subir le joug. Aucun sauveur supr&#234;me ne volera &#224; son secours. Ceux qui disent que la Russie a laiss&#233; tomber la Syrie n'ont qu'&#224; aller se battre dans le Donbass. Ceux qui disent que la Chine n'a rien fait peuvent toujours aller d&#233;fier la flotte am&#233;ricaine dans le d&#233;troit de Ta&#239;wan. Quant &#224; ceux qui pr&#233;tendent d&#233;fendre la cause palestinienne tout en se r&#233;jouissant de la victoire takfiriste en Syrie, le moins qu'on puisse dire est qu'ils ont laiss&#233; leur cerveau au vestiaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
URL de cet article 40061&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.legrandsoir.info/syrie-nouvelle-victoire-pour-la-strategie-du-chaos.html&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;https://www.legrandsoir.info/syrie-nouvelle-victoire-pour-la-strategie-du-chaos.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Imp&#233;rialisme et Anti-Imp&#233;rialisme</title>
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&lt;p&gt;Lors du vingt-cinqui&#232;me sommet des pays membres de l'Organisation de l'unit&#233; africaine, le 26 juillet 1987, le pr&#233;sident du Conseil national r&#233;volutionnaire du Burkina Faso d&#233;nonce le nouvel asservissement de l'Afrique : &#171; Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.legrandsoir.info/imperialisme-et-anti-imperialisme.html&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui nous ont pr&#234;t&#233; de l'argent, ce sont ceux-l&#224; qui nous ont colonis&#233;s, ce sont les m&#234;mes qui g&#233;raient nos &#201;tats et nos &#233;conomies, ce sont les (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.acca.1901.org/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lors du vingt-cinqui&#232;me sommet des pays membres de l'Organisation de l'unit&#233; africaine, le 26 juillet 1987, le pr&#233;sident du Conseil national r&#233;volutionnaire du Burkina Faso d&#233;nonce le nouvel asservissement de l'Afrique : &#171; Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.legrandsoir.info/imperialisme-et-anti-imperialisme.html&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;https://www.legrandsoir.info/imperialisme-et-anti-imperialisme.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ceux qui nous ont pr&#234;t&#233; de l'argent, ce sont ceux-l&#224; qui nous ont colonis&#233;s, ce sont les m&#234;mes qui g&#233;raient nos &#201;tats et nos &#233;conomies, ce sont les colonisateurs qui endettaient l'Afrique aupr&#232;s des bailleurs de fonds &#187;. La dette du tiers-monde est le symbole du n&#233;o-colonialisme. Elle perp&#233;tue le d&#233;ni de souverainet&#233;, pliant les jeunes nations africaines aux desiderata des ex-puissances coloniales. Mais la dette est aussi l'odieuse martingale dont se repaissent les march&#233;s financiers. Pr&#233;l&#232;vement parasitaire sur des &#233;conomies fragiles, elle enrichit les riches des pays d&#233;velopp&#233;s au d&#233;triment des pauvres des pays en voie de d&#233;veloppement. &#171; La dette domin&#233;e par l'imp&#233;rialisme est une reconqu&#234;te savamment organis&#233;e pour que l'Afrique, sa croissance, son d&#233;veloppement, ob&#233;isse &#224; des normes qui nous sont totalement &#233;trang&#232;res, faisant en sorte que chacun de nous devienne l'esclave financier, c'est-&#224;-dire l'esclave tout court de ceux qui ont eu l'opportunit&#233;, la ruse, la fourberie de placer les fonds chez nous avec l'obligation de rembourser &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, c'en est trop. Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est tomb&#233; sous les balles des conjur&#233;s au grand b&#233;n&#233;fice de la Fran&#231;afrique et de ses juteuses affaires. Mais le courageux capitaine de cette r&#233;volution &#233;touff&#233;e avait dit l'essentiel : un pays ne se d&#233;veloppe que s'il est souverain et cette souverainet&#233; est incompatible avec la soumission au capital mondialis&#233;. Voisine du Burkina Faso, la C&#244;te d'Ivoire en sait quelque chose : colonie sp&#233;cialis&#233;e dans la monoculture d'exportation du cacao depuis les ann&#233;es vingt, elle a &#233;t&#233; ruin&#233;e par la chute des cours et entra&#238;n&#233;e dans la spirale infernale de la dette. Le march&#233; du chocolat p&#232;se 100 milliards de dollars et il est contr&#244;l&#233; par trois multinationales. Avec la lib&#233;ralisation du march&#233; exig&#233;e par les institutions financi&#232;res internationales, ces multinationales dictent leurs conditions &#224; l'ensemble de la fili&#232;re. En 1999, le FMI et la Banque mondiale exigent la suppression du prix garanti au producteur. Le prix pay&#233; aux petits planteurs &#233;tant divis&#233; par deux, ils emploient pour survivre des milliers d'enfants. Appauvri par la chute des cours li&#233;e &#224; la surproduction, le pays est &#233;galement contraint de diminuer les taxes sur les entreprises. Priv&#233; de ressources, esclave de la dette et jouet des march&#233;s, le pays est &#224; genoux. La C&#244;te d'Ivoire est un cas d'&#233;cole. Un petit pays &#224; l'&#233;conomie extravertie (le cacao repr&#233;sente 20% du PIB et 50% des recettes d'exportation) a &#233;t&#233; litt&#233;ralement torpill&#233; par des &#233;trangers qui ne visent qu'&#224; maximiser leurs profits avec la complicit&#233; des institutions financi&#232;res et la collaboration de dirigeants corrompus. S'il est asservi aux march&#233;s, l'ind&#233;pendance d'un pays en d&#233;veloppement est une fiction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'on analyse l'histoire du d&#233;veloppement des pays du Sud, un fait saute aux yeux : les pays les mieux lotis sont ceux qui ont pleinement conquis leur souverainet&#233; nationale. La R&#233;publique populaire de Chine et les pays d&#233;velopp&#233;s d'Asie orientale ont men&#233; des politiques &#233;conomiques volontaristes et promu une industrialisation acc&#233;l&#233;r&#233;e. Ces politiques reposaient &#8211; et reposent encore largement &#8211; sur deux piliers : une &#233;conomie mixte et un &#201;tat fort. Un tel constat devrait suffire &#224; balayer les illusions nourries par l'id&#233;ologie lib&#233;rale. Loin de reposer sur le libre jeu des forces du march&#233;, le d&#233;veloppement r&#233;sulte d'une combinaison des initiatives dont l'&#201;tat fixe souverain les r&#232;gles. Nulle part, on ne vit sortir le d&#233;veloppement du chapeau de magicien des &#233;conomistes lib&#233;raux. Partout, il fut l'effet d'une politique nationale et souveraine. Nationalisations, relance par la demande, &#233;ducation pour tous : la liste est longue des h&#233;r&#233;sies gr&#226;ce auxquelles ces pays ont conjur&#233; &#8211; &#224; des degr&#233;s divers et au prix de contradictions multiples &#8211; les affres du sous-d&#233;veloppement. N'en d&#233;plaise aux &#233;conomistes de salon, l'histoire enseigne le contraire de ce que pr&#233;tend la th&#233;orie : pour sortir de la pauvret&#233;, mieux vaut la poigne d'un &#201;tat souverain que la main invisible du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que l'entendent les V&#233;n&#233;zu&#233;liens qui tentent depuis 1998 de restituer au peuple le b&#233;n&#233;fice de la manne p&#233;troli&#232;re, privatis&#233; par l'oligarchie r&#233;actionnaire. C'est ce qu'entendaient faire Mohamed Mossadegh en Iran (1953), Patrice Lumumba au Congo (1961), Soekarno en Indon&#233;sie (1965) et Salvador Allende au Chili (1973) avant que la CIA ne les fasse dispara&#238;tre de la sc&#232;ne. C'est ce que Thomas Sankara r&#233;clamait pour une Afrique tomb&#233;e dans l'esclavage de la dette au lendemain m&#234;me de la d&#233;colonisation. En mati&#232;re de d&#233;veloppement, il n'y a aucun mod&#232;le. Mais seul un pays souverain qui s'est dot&#233; d'une voilure suffisante peut affronter les vents de la mondialisation. Sans la ma&#238;trise de son propre d&#233;veloppement, il s'installe dans la d&#233;pendance et se condamne &#224; l'appauvrissement. Les firmes transnationales et les institutions financi&#232;res internationales ont pris dans leurs filets de nombreux pays qu'elles ont saign&#233;s pour les profits du capital. Dirigeant l'un de ces petits pays pris &#224; la gorge, Thomas Sankara clamait le droit des peuples africains &#224; l'ind&#233;pendance et &#224; la dignit&#233;. Il renvoyait les colonialistes de tous poils &#224; leur orgueil et &#224; leur cupidit&#233;. Il savait que seule la souverainet&#233; est progressiste, et que le combat contre l'imp&#233;rialisme est la m&#234;me chose que le combat pour le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce combat ne date pas d'hier. La R&#233;publique des soviets a d&#251; desserrer l'&#233;treinte mortif&#232;re des quatorze nations imp&#233;rialistes qui voulaient l'&#233;touffer. La Chine de Mao a chass&#233; les pr&#233;dateurs coloniaux et restaur&#233; la souverainet&#233; chinoise apr&#232;s un si&#232;cle d'humiliations. Le Vietnam de H&#244; Chi Minh a vaincu les envahisseurs japonais, fran&#231;ais et am&#233;ricain. Le castrisme a expuls&#233; les &#201;tats-Unis d'une &#238;le tropicale dont ils se croyaient les seigneurs et ma&#238;tres. Aujourd'hui, cet affrontement continue sur les cinq continents. En Asie orientale, la Cor&#233;e du Nord est toujours dans le collimateur de Washington. Elle repr&#233;sente une &#233;pine dans le pied de l'imp&#233;rialisme. La fonction des m&#233;dias dominants est de substituer l'imaginaire &#224; la r&#233;alit&#233;, et la repr&#233;sentation occidentale de ce pays insoumis en est un bon exemple. Vu de l'Ouest, Pyongyang fait figure d'accus&#233; id&#233;al : cette &#171; monarchie rouge &#187;, ce &#171; r&#233;gime ubuesque &#187;, ce &#171; goulag asiatique &#187; r&#233;unit les stigmates de tout ce que &#034;homo occidentalis&#034; est cens&#233; d&#233;tester. D&#233;sign&#233; par les grands pr&#234;tres du droit-de-l'hommisme comme l'incarnation du Mal, cet &#201;tat honni ferait peser, para&#238;t-il, la &#171; pire des menaces sur la paix mondiale &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais de quelle menace s'agit-il ? Depuis son entr&#233;e fracassante dans le club des puissances nucl&#233;aires, en octobre 2006, la Cor&#233;e du Nord est mise au ban des nations. Instrumentalis&#233;e par Washington, la &#171; communaut&#233; internationale &#187; a mobilis&#233; les grands moyens. R&#233;solutions onusiennes, sanctions &#233;conomiques et man&#339;uvres militaires se succ&#232;dent, sans rel&#226;che, pour isoler le r&#233;gime fautif. Rang&#233;e par les &#201;tats-Unis dans la cat&#233;gorie des &#171; &#201;tats voyous &#187;, la R&#233;publique populaire d&#233;mocratique de Cor&#233;e est dans la ligne de mire. La propagande occidentale d&#233;peint Kim Jong-un sous les traits d'un tyran sanguinaire faisant joujou avec la bombe, mais cette description ne repose sur aucun fait. La strat&#233;gie nucl&#233;aire nord-cor&#233;enne, en r&#233;alit&#233;, est purement d&#233;fensive. Dissuasion du faible au fort, sa finalit&#233; est d'exposer l'agresseur &#224; des repr&#233;sailles insupportables, et non de prendre l'initiative des hostilit&#233;s. Prudents, les Nord-Cor&#233;ens veulent &#233;chapper au sort de l'Irak et de la Libye, pulv&#233;ris&#233;s par les &#201;tats-Unis et leurs suppl&#233;tifs au nom de la &#171; d&#233;mocratie &#187; et des &#171; droits de l'homme &#187;. Le bellicisme pr&#234;t&#233; &#224; Pyongyang rel&#232;ve plut&#244;t d'une inversion accusatoire dont le &#171; monde libre &#187; est coutumier : prompts &#224; donner des le&#231;ons de morale, les &#201;tats-Unis sont pourtant les seuls &#224; avoir utilis&#233; l'arme nucl&#233;aire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; Hiroshima et &#224; Nagasaki, ils l'ont fait sans h&#233;sitation et sans remords. Non seulement ce massacre de populations civiles (plus de 220 000 morts) fut d'une barbarie sans nom, mais il n'avait aucune justification militaire. Le Japon &#233;tait pr&#234;t &#224; capituler, et le recours &#224; l'arme atomique visait &#224; intimider l'URSS, dont les troupes &#233;taient en train d'&#233;craser l'arm&#233;e japonaise en Mandchourie. Mais si la Cor&#233;e a &#233;chapp&#233; &#224; la bombe nucl&#233;aire, elle n'a pas &#233;chapp&#233; au napalm. Il faut croire que, pour la &#171; nation exceptionnelle &#187;, carboniser des centaines de milliers de femmes, d'enfants et de vieillards ne pose aucun probl&#232;me sur le plan moral. Pour f&#234;ter l'anniversaire de la double explosion, ses g&#233;n&#233;raux aimaient d&#233;guster en famille une p&#226;tisserie en forme de champignon atomique. Cinq ans plus tard, les m&#234;mes galonn&#233;s &#224; la bonne conscience ind&#233;crottable d&#233;cha&#238;nent le feu c&#233;leste contre les Cor&#233;ens. Ces derniers &#233;chappent de peu &#224; l'apocalypse nucl&#233;aire r&#234;v&#233;e par Mac Arthur, mais ils subissent les effets d&#233;vastateurs d'une arme nouvelle : le napalm. Pendant la guerre de Cor&#233;e (1950-1953), l'US Air Force fait un usage massif de cet explosif incendiaire. &#171; La ville industrielle de Hungnam fut la cible d'une attaque majeure le 31 juillet 1950, au cours de laquelle 500 tonnes de bombes furent l&#226;ch&#233;es &#224; travers les nuages. Les flammes s'&#233;lev&#232;rent jusqu'&#224; une centaine de m&#232;tres &#187;, relate Bruce Cummings. &#192; l'armistice, &#171; l'&#233;valuation des d&#233;g&#226;ts provoqu&#233;s par les bombardements r&#233;v&#233;la que sur les 22 principales villes du pays, 18 avaient &#233;t&#233; d&#233;truites au moins &#224; 50%. Les grandes villes industrielles de Hamhung et de Hungnam avaient &#233;t&#233; d&#233;truites &#224; 85%, Sariwon &#224; 95%, Sinanju &#224; 100%, le port de Chinnamp'o &#224; 80% et Pyongyang &#224; 75% &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Imagine-t-on une guerre qui an&#233;antirait 60 millions d'Am&#233;ricains en les carbonisant avec des bombes incendiaires ? C'est ce que la Cor&#233;e du Nord a subi entre 1950 et 1953. Utilisant des armes de destruction massive, les g&#233;n&#233;raux du Pentagone ont m&#233;thodiquement massacr&#233; 3 millions de personnes, soit 20 % de la population de ce petit pays qui osait leur r&#233;sister. &#201;videmment, de telles broutilles n'entacheront jamais le prestige in&#233;gal&#233; dont jouit l'Oncle Sam dans nos contr&#233;es. Mais &#224; la lumi&#232;re de cette histoire, on comprend mieux, en revanche, la hargne anti-imp&#233;rialiste des Nord-Cor&#233;ens. Il n'y a pas que le pass&#233;, au demeurant, qui incite &#224; relativiser la passion de Washington pour la paix dans le monde. Lorsque les &#201;tats-Unis jouent la vertu outrag&#233;e et brandissent l'&#233;pouvantail nord-cor&#233;en, on finirait presque par oublier qu'ils d&#233;tiennent 4018 t&#234;tes nucl&#233;aires, alors que la R&#233;publique populaire d&#233;mocratique de Cor&#233;e en poss&#232;de une dizaine. Les cinq essais nucl&#233;aires nord-cor&#233;ens ont provoqu&#233; des torrents d'indignation en Occident, mais les &#201;tats-Unis en ont r&#233;alis&#233; plus d'un millier. Enfin, ce n'est pas la Cor&#233;e du Nord qui a pris l'initiative de nucl&#233;ariser la p&#233;ninsule, mais les &#201;tats-Unis en 1958.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'on demande ce que viennent faire les porte-avions de l'US Navy dans la r&#233;gion, on r&#233;pond que la Cor&#233;e du Nord est un &#201;tat voyou qui a viol&#233; le trait&#233; de non-prolif&#233;ration nucl&#233;aire (TNP). Cette accusation est absurde. Un &#201;tat souverain est libre de d&#233;noncer un trait&#233; international, et Pyongyang a annonc&#233; la couleur en se retirant du TNP. De ce point de vue, sa situation est beaucoup moins scandaleuse que celle d'Isra&#235;l. Car cet &#201;tat non signataire du TNP d&#233;tient 300 t&#234;tes nucl&#233;aires avec la b&#233;n&#233;diction des puissances occidentales, alors qu'il bombarde r&#233;guli&#232;rement ses voisins et pratique l'&#233;puration ethnique dans des territoires qui ne lui appartiennent pas. Les dirigeants nord-cor&#233;ens ont beau user d'une rh&#233;torique grandiloquente, ce petit pays de 25 millions d'habitants a conscience des rapports de force. La puissance militaire nord-cor&#233;enne repr&#233;sente 2% de celle des &#201;tats-Unis, et sa seule ambition est de pr&#233;venir une agression ext&#233;rieure dont la perspective n'a rien de fantasmatique. Farouchement attach&#233;e &#224; sa souverainet&#233;, fid&#232;le &#224; l'id&#233;ologie du &#171; juch&#233; &#187; (ind&#233;pendance) h&#233;rit&#233;e de Kim Il-sung, la Cor&#233;e du Nord n'agresse personne. Contrairement aux &#201;tats-Unis dont la doctrine pr&#233;voit la possibilit&#233; d'une attaque pr&#233;ventive, le programme nucl&#233;aire de la Cor&#233;e du Nord indique &#224; ceux qui voudraient l'attaquer qu'ils s'exposent &#224; des repr&#233;sailles. D&#233;cid&#233;e &#224; r&#233;sister &#224; toutes les pressions, la R&#233;publique populaire d&#233;mocratique de Cor&#233;e est un &#171; domino &#187; que Washington n'est pas pr&#232;s de faire tomber.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais s'il est contenu en Asie orientale par la puissance chinoise et l'ind&#233;pendance nord-cor&#233;enne, l'imp&#233;rialisme contemporain se d&#233;cha&#238;ne au Proche-Orient. En Syrie, les milliers de vies fauch&#233;es par la guerre sont les stigmates du martyr inflig&#233; &#224; un peuple qui ne demandait qu'&#224; vivre en paix. Gigantesque tribut pay&#233; &#224; une folie orchestr&#233;e de l'&#233;tranger, qui a vu des mercenaires de 120 nationalit&#233;s affluer au Pays de Cham pour y instaurer un nouvel &#171; &#233;mirat &#187;. Guerre sans piti&#233;, o&#249; l'&#201;tat syrien menac&#233; d'an&#233;antissement s'est battu bec et ongles, d&#233;fendant l'int&#233;grit&#233; territoriale et la souverainet&#233; de la nation. Il fallait &#234;tre na&#239;f pour ne pas voir, d&#232;s le printemps 2011, la duplicit&#233; des gouvernements occidentaux versant des larmes sur les victimes de l'arm&#233;e syrienne tout en absolvant les exactions de la r&#233;bellion arm&#233;e. Difficile d'ignorer, non plus, que les combattants de la n&#233;buleuse insurrectionnelle disposaient d'un soutien financier massif de la part des p&#233;tromonarchies du Golfe. Mais si les Occidentaux et leurs alli&#233;s r&#233;gionaux voulaient en d&#233;coudre avec Damas, ce n'&#233;tait pas pour faire la promotion des droits de l'homme. C'&#233;tait pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts au c&#339;ur d'une r&#233;gion cruciale pour l'avenir &#233;nerg&#233;tique de la plan&#232;te. C'&#233;tait surtout pour garantir la s&#233;curit&#233; d'Isra&#235;l en neutralisant l'un des derniers bastions du nationalisme arabe. Car la Syrie est au centre d'une alliance r&#233;unissant les forces qui s'opposent &#224; la domination isra&#233;lo-am&#233;ricaine dans la r&#233;gion. Elle demeure le seul &#201;tat arabe debout, refusant de plier devant la puissance occupante. Elle est le pivot d'un arc de la r&#233;sistance qui va de Damas &#224; T&#233;h&#233;ran en passant par le Hezbollah libanais et les mouvements palestiniens. Le drame, mais aussi la fiert&#233; de la Syrie, c'est qu'elle est l'enfant terrible du nationalisme arabe, le dernier vestige d'une &#233;poque o&#249; Nasser et le parti Baath inspiraient la lutte contre l'imp&#233;rialisme et le sionisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'imaginant qu'ils allaient provoquer sa chute &#224; la faveur des &#171; printemps arabes &#187;, les dirigeants occidentaux ont ignor&#233; la l&#233;gitimit&#233; dont jouissait le gouvernement syrien. Ils pensaient que l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re se d&#233;literait sous l'effet de d&#233;sertions en masse qui n'eurent jamais lieu. Aveugl&#233;s par leur lecture orientaliste de la soci&#233;t&#233; syrienne, ils la croyaient domin&#233;e par la minorit&#233; alaouite alors m&#234;me que les principaux cadres de cet &#201;tat la&#239;c, le seul du monde arabe, &#233;taient sunnites. Ils faisaient mine de croire &#224; la l&#233;gende d'un peuple h&#233;ro&#239;que dress&#233; contre un despote aux abois, alors que la l&#233;gitimit&#233; du pr&#233;sident Assad se trouvait confort&#233;e, au contraire, par sa d&#233;termination &#224; lutter contre les ennemis de la Syrie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les m&#233;dias occidentaux ont braqu&#233; leurs cam&#233;ras vers des attroupements de barbus en les faisant passer pour un soul&#232;vement populaire, mais ils ont occult&#233; les immenses rassemblements en faveur du gouvernement et des r&#233;formes, &#224; Damas, Alep et Tartous, entre juin et novembre 2011. Il suffisait pourtant d'analyser de tels &#233;v&#233;nements pour mesurer le v&#233;ritable rapport de forces au sein du pays. Mais la myopie volontaire du regard occidental sur la Syrie a pulv&#233;ris&#233; tous les records. L'imagination propagandiste a r&#233;duit au silence le simple bon sens, et les atrocit&#233;s commises par les extr&#233;mistes, d&#232;s le printemps 2011, n'ont pas pass&#233; la rampe d'une couverture m&#233;diatique faisant le tri entre les bonnes et les mauvaises victimes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Indice infaillible de son importance strat&#233;gique pour Washington et ses s&#233;ides, la guerre de Syrie aura suscit&#233; une avalanche de mensonges sans pr&#233;c&#233;dent. La fable grotesque des attaques chimiques attribu&#233;es &#224; l'arm&#233;e syrienne m&#233;rite une mention sp&#233;ciale du jury : elle restera &#224; jamais dans les annales de la d&#233;sinformation, &#224; c&#244;t&#233; de la fiole de Colin Powell et des couveuses de Koweit-City. L'&#233;cran de fum&#233;e d'une &#171; opposition syrienne d&#233;mocratique &#187; s'&#233;tant vite dissip&#233;, il a fallu inventer un cort&#232;ge d'horreurs imaginaires pour inverser la charge de la preuve. Afin de d&#233;tourner l'attention de ces coupeurs de t&#234;te venus de partout et de nulle part pour exterminer les h&#233;r&#233;tiques, on s'est mis &#224; accabler l'&#201;tat syrien. On a alors mont&#233; de toutes pi&#232;ces des accusations invraisemblables dont seule la cr&#233;dulit&#233; d'une opinion occidentale soumise &#224; un intense lavage de cerveau pouvait garantir l'efficacit&#233;. Il suffisait pourtant de consulter les chiffres fournis par un organisme proche de l'opposition arm&#233;e (l'OSDH) pour constater que la moiti&#233; des victimes de la guerre appartenaient aux forces de s&#233;curit&#233; syriennes. Quel meilleur d&#233;menti inflig&#233; &#224; la fable du massacre de populations innocentes par une arm&#233;e de tortionnaires ? Mais la narration dominante n'avait cure de ces broutilles, et l'op&#233;ration de &#034;regime change&#034; voulue par Washington s'accommodait ais&#233;ment de telles distorsions avec la r&#233;alit&#233;. Elle faisait fi de ce que les observateurs de la Mission d&#233;p&#234;ch&#233;e par la Ligue arabe avaient constat&#233; entre d&#233;cembre 2011 et janvier 2012, &#224; savoir la violence d&#233;cha&#238;n&#233;e par une opposition pr&#233;sent&#233;e en Occident comme pacifique et tol&#233;rante, alors qu'elle &#233;tait gangren&#233;e d&#232;s l'origine par l'id&#233;ologie takfiriste, les pratiques mafieuses et l'argent saoudien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voulue par Washington, Londres, Paris et Ankara, financ&#233;e par les monarques du Golfe, la guerre de Syrie est une guerre internationale de grande ampleur. Provoqu&#233;e par l'app&#233;tit de domination imp&#233;rialiste, elle a mobilis&#233; une pi&#233;taille fanatis&#233;e, issue de masses manipulables, abruties au dernier degr&#233; par l'id&#233;ologie wahhabite. V&#233;ritable bo&#238;te de Pandore, ce conflit a fait jaillir un impressionnant floril&#232;ge d'ignominies : des dirigeants occidentaux qui pr&#233;tendent combattre les terroristes tout en leur procurant des armes au nom des droits de l'homme ; des &#201;tats dits d&#233;mocratiques qui infligent un embargo sur les m&#233;dicaments &#224; des populations civiles coupables de ne pas combattre leur gouvernement ; des familles royales sanguinaires et d&#233;bauch&#233;es qui donnent des le&#231;ons de d&#233;mocratie tout en sponsorisant la terreur ; et pour finir, des intellectuels fran&#231;ais qui exigent comme un imp&#233;ratif moral le bombardement d'un pays qui ne nous a rien fait. De ces mercenaires cr&#233;tinis&#233;s venus d&#233;vaster le berceau de la civilisation pour une poign&#233;e de p&#233;trodollars, l'&#201;tat syrien soutenu par l'Iran, la Russie et la Chine est presque venu &#224; bout. En restaurant la souverainet&#233; nationale sur la majeure partie du territoire habit&#233;, une courageuse arm&#233;e de conscrits a inflig&#233; un camouflet &#224; tous ceux qui r&#234;vaient de remplacer la Syrie par une constellation d'entit&#233;s confessionnelles. Calomni&#233;e sans rel&#226;che par les propagandistes occidentaux, l'arm&#233;e nationale a pay&#233; un lourd tribut pour lib&#233;rer le sol de la patrie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette r&#233;sistance d'une nation syrienne agress&#233;e par l'imp&#233;rialisme ressemble, &#224; maints &#233;gards, &#224; celle de la nation cubaine depuis 1959. Mais l'exemplarit&#233; de la r&#233;volution castriste se mesure aussi aux calomnies qu'elle a endur&#233;es. Lors de la disparition de Fidel Castro, les chacals de la presse bourgeoise tournaient autour de sa d&#233;pouille, et on a entendu la rumeur mensong&#232;re : Fidel Castro &#233;tait un tyran. Celui qui risque sa vie dans la fleur de la jeunesse, balaie la dictature de Batista, restaure la souverainet&#233; nationale, restitue sa fiert&#233; au peuple cubain, rend la terre aux paysans, &#233;radique la mis&#232;re, fait taire le racisme, lib&#232;re la femme cubaine, cr&#233;e le meilleur syst&#232;me de sant&#233; du Tiers Monde, r&#233;duit la mortalit&#233; infantile dans des proportions inconnues dans le reste de l'Am&#233;rique latine, &#233;limine l'analphab&#233;tisme, offre l'&#233;ducation &#224; tous, et r&#233;siste victorieusement avec son peuple &#224; l'agression imp&#233;rialiste, est-il un tyran ? L'amour de la libert&#233;, l'exigence avec soi-m&#234;me, la fiert&#233; de n'ob&#233;ir &#224; personne, l'&#233;thique r&#233;volutionnaire alli&#233;e au sens du r&#233;el, l'&#233;lan g&#233;n&#233;reux qui triomphe de l'indiff&#233;rence, la solidarit&#233; sans faille &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, le patriotisme qui n'&#233;loigne pas de l'internationalisme, au contraire, mais en rapproche. Tout cela, c'est le castrisme. Communiste et fier de l'&#234;tre, Fidel Castro savait que l'URSS avait liquid&#233; le nazisme, jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans la d&#233;colonisation de l'Asie du sud-est, aid&#233; les Arabes face &#224; l'agression sioniste en 1967 et 1973, soutenu la lutte pour les ind&#233;pendances africaines et donn&#233; le coup de gr&#226;ce &#224; l'apartheid en fournissant un appui d&#233;cisif &#224; l'ANC.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec la r&#233;volution castriste, Cuba a acquis une exp&#233;rience historique hors du commun. Ses enseignements d&#233;passent le cadre g&#233;ographique des Cara&#239;bes. Cette r&#233;volution n'est pas n&#233;e par hasard. Victorieuse apr&#232;s des ann&#233;es de lutte acharn&#233;e, elle a pour origine l'humiliation sans pr&#233;c&#233;dent inflig&#233;e au peuple cubain par un imp&#233;rialisme am&#233;ricain protecteur de la dictature militaire. En le frustrant de sa souverainet&#233;, en le soumettant aux affres du sous-d&#233;veloppement, cette mise sous tutelle par le puissant voisin cr&#233;e les conditions du sursaut r&#233;volutionnaire. Loin de sortir tout droit du cerveau enflamm&#233; de Fidel, la r&#233;volution cubaine est un mouvement populaire qui donne un visage &#224; la fiert&#233; retrouv&#233;e des Cubains, elle est d'abord ce refus intransigeant de l'ordre imp&#233;rial dict&#233; par Washington. &#171; El Comandante &#187; en est l'incarnation h&#233;ro&#239;que, mais sans le mouvement des masses, la r&#233;volution &#233;tait perdue. Elle n'est pas une r&#233;volution de pacotille. Elle bouleverse la soci&#233;t&#233; cubaine en &#233;radiquant la mis&#232;re, le racisme et l'analphab&#233;tisme qui r&#233;gnaient dans la soci&#233;t&#233; de plantation. Elle m&#232;ne une lutte infatigable, malgr&#233; les difficult&#233;s h&#233;rit&#233;es d'une &#233;conomie arri&#233;r&#233;e et aggrav&#233;es par le blocus imp&#233;rialiste, pour donner &#224; chaque Cubain des conditions de vie d&#233;centes. Charriant son lot d'erreurs et de tentatives avort&#233;es, le travail accompli est colossal. R&#233;forme agraire, sant&#233; gratuite, &#233;ducation pour tous, le socialisme cubain est une r&#233;alit&#233; qu'aucune propagande ne fera dispara&#238;tre dans l'oubli.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s 1961, soit deux ans apr&#232;s la r&#233;volution, Cuba est l'un des rares pays en d&#233;veloppement &#224; avoir &#233;radiqu&#233; l'analphab&#233;tisme. Le taux d'alphab&#233;tisation des 15-24 ans atteint aujourd'hui les 100%, et celui des adultes 99,8%, ce qui place Cuba parmi les cinq pays les plus alphab&#233;tis&#233;s au monde. Selon l'UNESCO, Cuba est le pays qui affiche le meilleur r&#233;sultat d'Am&#233;rique Latine et des Cara&#239;bes en mati&#232;re d'&#233;ducation. L'&#238;le dispose d'un nombre d'enseignants record, et on y trouve le plus faible nombre d'&#233;l&#232;ves par classe dans le primaire et le secondaire. En 1959, Cuba ne comptait qu'une seule universit&#233;. Aujourd'hui l'&#238;le compte 52 &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur. D'apr&#232;s l'ONU, la mortalit&#233; infantile &#224; Cuba est de 4,2 pour 1000, soit le taux le plus faible du continent am&#233;ricain, USA compris, alors qu'elle s'&#233;levait &#224; 69,8 pour 1000 avant la r&#233;volution. L'esp&#233;rance de vie &#224; Cuba est de 80 ans, soit plus qu'aux &#201;tats-Unis. Meilleur chiffre du continent am&#233;ricain derri&#232;re le Canada et le Chili, il correspond &#224; la moyenne des pays riches de l'OCDE. L'&#201;cole de m&#233;decine de la Havane, &#171; la plus avanc&#233;e au monde &#187; selon l'ONU, forme aujourd'hui 11 000 jeunes venus de 120 pays. En reconnaissance de ses efforts, Fidel Castro est le premier chef d'&#201;tat &#224; recevoir la m&#233;daille de la Sant&#233; pour tous, d&#233;cern&#233;e par l'Organisation mondiale de la sant&#233; (OMS).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette r&#233;volution en profondeur qui a boulevers&#233; la soci&#233;t&#233; cubaine ne fut pas un lit de roses. Petite &#238;le des Cara&#239;bes, Cuba a repouss&#233; l'invasion de la &#171; Baie des Cochons &#187; orchestr&#233;e par la CIA. Elle a conquis son ind&#233;pendance au forceps, elle s'est dress&#233;e contre une superpuissance qui voulait an&#233;antir sa r&#233;volution et restaurer l'ancien r&#233;gime politique et social. Elle a ferm&#233; les bordels destin&#233;s aux Yankees, expropri&#233; les capitalistes locaux, arrach&#233; l'&#233;conomie &#224; l'&#233;treinte des multinationales. M&#233;ditant les exp&#233;riences r&#233;volutionnaires du pass&#233;, Fidel Castro sait que les puissances dominantes ne font jamais de cadeaux. Il n'en a pas fait non plus. Mais &#224; aucun moment il n'a suscit&#233; de violence aveugle contre le peuple des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, et le 11 septembre 2001 il a exprim&#233; son d&#233;go&#251;t pour cette tuerie. Les dirigeants des &#201;tats-Unis, eux, ont organis&#233; des centaines d'attentats contre le peuple cubain. Lors des fun&#233;railles de Fidel, un million de ses compatriotes lui ont rendu publiquement hommage. Quel dirigeant dans le monde peut se pr&#233;valoir d'une telle popularit&#233; posthume ? Cuba n'est pas un paradis tropical. La r&#233;volution suit un cours impr&#233;visible, et elle ne change pas l'homme du jour au lendemain. Elle se d&#233;bat dans d'innombrables contradictions. Les Cubains ne sont pas riches, mais ils sont fiers de ce qu'ils sont.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque la pand&#233;mie du Covid-19 a frapp&#233; le monde entier, Cuba &#233;trangl&#233;e par le blocus imp&#233;rialiste a manqu&#233; de concentrateurs d'oxyg&#232;ne. Une catastrophe sanitaire en vue, dans un pays qui a pourtant consenti des efforts colossaux pour la sant&#233; de sa population. Refus&#233;s &#224; Cuba par le monde occidental, ces &#233;quipements ont &#233;t&#233; aussit&#244;t livr&#233;s par la Chine. L'internationalisme de la r&#233;volution cubaine l'a conduite &#224; faire la gu&#233;rilla en Afrique australe. L'internationalisme de la Chine socialiste lui fait livrer du mat&#233;riel m&#233;dical &#224; Cuba. Il ne faut pas s'&#233;tonner que les &#201;tats-Unis, avec Mike Pompeo, voient d&#233;sormais dans le parti communiste chinois leur principal ennemi. Les enfants cubains en attente de leur traitement ne sont pas la priorit&#233; du &#171; monde libre &#187;. Pour Madeleine Albright, ic&#244;ne des droits de l'homme et secr&#233;taire d'&#201;tat de l'administration Clinton, les 500 000 enfants irakiens tu&#233;s &#224; petit feu par l'embargo ne comptent pas : &#171; le prix &#224; payer en valait la peine &#187; (&#171; the price worth it &#187;). Victimes insignifiantes, pass&#233;es par pertes et profits, de mesure nulle devant l'immensit&#233; des bienfaits prodigu&#233;s par la d&#233;mocratie d'importation. Dans une &#233;tude consacr&#233;e aux effets de l'embargo occidental contre le Venezuela, l'&#233;conomiste Jeffrey Sachs a r&#233;v&#233;l&#233; qu'il avait caus&#233; 40 000 morts en trois ans. Pour la plupart, des enfants priv&#233;s de traitements trop co&#251;teux ou de m&#233;dicaments d&#233;sormais inaccessibles. Ch&#226;timent m&#233;rit&#233;, sans doute, des ignominies commises par les chavistes, coupables d'avoir nationalis&#233; le p&#233;trole et endigu&#233; la pauvret&#233;. Le &#171; prix &#224; payer &#187;, en somme, pour restaurer les &#171; droits de l'homme &#187; dans un pays o&#249; le parti au pouvoir, victorieux aux &#233;lections, est accus&#233; d'installer une affreuse dictature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre la promotion de la d&#233;mocratie occidentale et le massacre de masse, la co&#239;ncidence est frappante. Avec le monde libre, c'est toujours le m&#234;me sc&#233;nario : on commence avec la D&#233;claration des droits de l'homme et on finit avec les B 52. P&#232;re fondateur des &#201;tats-Unis, le lib&#233;ral Benjamin Franklin &#233;tait oppos&#233; &#224; l'installation de r&#233;seaux d'assainissement dans les quartiers pauvres, car elle risquait, en am&#233;liorant leurs conditions de vie, de rendre les ouvriers moins coop&#233;ratifs. En somme, il faut bien affamer les pauvres si l'on veut les soumettre, et il faut bien les soumettre si l'on veut les faire travailler pour les riches. A l'&#233;chelle internationale, la puissance &#233;conomique dominante applique exactement la m&#234;me politique : l'embargo qui &#233;limine les faibles contraindra les survivants, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; servir leurs nouveaux ma&#238;tres. Sinon, on aura recours &#224; la p&#233;dagogie des missiles de croisi&#232;re. Ce n'est pas un hasard si la d&#233;mocratie am&#233;ricaine, ce mod&#232;le diffus&#233; dans tous les foyers du village plan&#233;taire par Coca-Cola, a &#233;t&#233; fond&#233;e par des planteurs esclavagistes et g&#233;nocidaires. Il y avait 9 millions d'Am&#233;rindiens en Am&#233;rique du Nord en 1800. Un si&#232;cle plus tard, ils &#233;taient 300 000. Les &#171; sauvages &#187; du Nouveau Monde pr&#233;figuraient les enfants irakiens dans le r&#244;le de cette humanit&#233; surnum&#233;raire dont on se d&#233;leste sans remords. En 1946, le th&#233;oricien de la guerre froide et ap&#244;tre du containment anticommuniste George Kennan &#233;crivait aux dirigeants de son pays que leur t&#226;che serait de perp&#233;tuer l'&#233;norme privil&#232;ge octroy&#233; par les hasards de l'histoire : poss&#233;der 50% de la richesse pour 6% &#224; peine de la population mondiale. La &#171; nation exceptionnelle &#187; n'a pas l'intention de partager les b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une caract&#233;ristique majeure de l'esprit am&#233;ricain a favoris&#233; cette transposition de la &#171; d&#233;mocratie am&#233;ricaine &#187; &#224; l'&#233;chelle du monde : c'est la conviction de l'&#233;lection divine, l'identification au Nouvel Isra&#235;l, bref le mythe de la &#171; destin&#233;e manifeste &#187;. Tout ce qui vient de la nation &#233;lue de Dieu appartient derechef au camp du Bien. Cette mythologie est le puissant ressort de la bonne conscience yankee, celle qui fait vitrifier des populations enti&#232;res sans le moindre &#233;tat d'&#226;me, comme le g&#233;n&#233;ral Curtis Le May, chef de l'US Air Force, se vantant d'avoir grill&#233; au napalm 20% de la population cor&#233;enne. Mais face &#224; la &#171; menace rouge &#187;, tous les moyens sont bons pour attiser la peur. L'esprit de guerre froide ne fait pas dans la nuance. Afin d'accr&#233;diter une menace sovi&#233;tique suspendue comme l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s au-dessus des d&#233;mocraties, on pr&#233;tendait depuis 1945 que l'arsenal militaire de l'URSS &#233;tait nettement sup&#233;rieur &#224; celui des &#201;tats-Unis. C'&#233;tait compl&#232;tement faux. &#171; Pendant toute cette p&#233;riode, note Noam Chomsky, de grands efforts ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s pour pr&#233;senter l'Union sovi&#233;tique plus forte qu'elle ne l'&#233;tait r&#233;ellement, et pr&#234;te &#224; tout &#233;craser. Le document le plus important de la guerre froide, le NSC 68 d'avril 1950, cherchait &#224; dissimuler la faiblesse sovi&#233;tique que l'analyse ne manquait pas de r&#233;v&#233;ler, de fa&#231;on &#224; donner l'image voulue de l'&#201;tat esclavagiste qui poursuivait implacablement le contr&#244;le absolu du monde entier &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette menace syst&#233;mique &#233;tait une fiction. L'arsenal sovi&#233;tique fut toujours inf&#233;rieur &#224; celui de ses adversaires. Les dirigeants de l'URSS n'ont jamais envisag&#233; d'envahir l'Europe occidentale ou de conqu&#233;rir le monde. En fait, la course aux armements &#8211; notamment &#224; l'armement nucl&#233;aire &#8211; est une initiative typiquement occidentale, une application &#224; la chose militaire du dogme lib&#233;ral de la concurrence &#233;conomique. C'est pourquoi cette comp&#233;tition mortif&#232;re &#8211; l'on fr&#244;la l'apocalypse atomique en octobre 1962 &#8211; fut sciemment entretenue par Washington d&#232;s le lendemain de la victoire alli&#233;e sur l'Allemagne et le Japon. Cyniquement, le camp occidental avait deux bonnes raisons de provoquer cette comp&#233;tition : la guerre avait ext&#233;nu&#233; l'URSS (27 millions de morts, 30% du potentiel &#233;conomique an&#233;anti), et elle avait fantastiquement enrichi les USA (50% de la production industrielle mondiale en 1945). Forg&#233;e par la guerre, cette supr&#233;matie &#233;conomique sans pr&#233;c&#233;dent cr&#233;ait donc les conditions d'une politique &#233;trang&#232;re agressive. Bien entendu, cette politique avait un habillage id&#233;ologique : la d&#233;fense du &#171; monde libre &#187; contre le &#171; totalitarisme sovi&#233;tique &#187;. On peut mesurer le s&#233;rieux de ces motivations d&#233;mocratiques au soutien apport&#233; par Washington, dans la m&#234;me p&#233;riode, aux dictatures de droite les plus sanguinaires. Cette politique imp&#233;rialiste, conform&#233;ment &#224; la doctrine forg&#233;e par George Kennan en 1947, avait un objectif clair : l'&#233;puisement progressif de l'URSS &#8211; rudement &#233;prouv&#233;e par l'invasion hitl&#233;rienne &#8211; dans une comp&#233;tition militaire o&#249; le syst&#232;me sovi&#233;tique allait dilapider les moyens qu'il aurait pu consacrer &#224; son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Force est de constater que cette politique a port&#233; ses fruits. Surclass&#233;e par un capitalisme occidental qui b&#233;n&#233;ficiait de conditions extr&#234;mement favorables au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Union sovi&#233;tique a fini par quitter la sc&#232;ne en 1991 au terme d'une comp&#233;tition perdue d'avance. Pourtant rien ne semble avoir chang&#233;, et la guerre froide continue de plus belle. Pr&#232;s de trente ans apr&#232;s la disparition de l'URSS, l'hostilit&#233; occidentale &#224; l'&#233;gard de la Russie ne faiblit pas. &#171; De Staline &#224; Poutine &#187;, un r&#233;cit o&#249; transpire la bonne conscience occidentale attribue toutes les tares au camp adverse, incriminant une puissance mal&#233;fique dont la r&#233;silience ferait peser une menace irr&#233;sistible sur le monde pr&#233;tendument civilis&#233;. Comme si l'affrontement Est-Ouest devait absolument survivre au pouvoir communiste, on s'obstine &#224; d&#233;signer dans la Russie actuelle une sorte d'ennemi syst&#233;mique, l'empire du mal sovi&#233;tique ayant &#233;t&#233; simplement repeint aux couleurs russes pour les besoins de la cause. Pour les &#233;lites dirigeantes occidentales, il faut croire que Moscou reste Moscou, et que la menace venant de l'est r&#233;siste aux changements politiques. Communisme ou pas, l'agenda g&#233;opolitique du &#171; monde libre &#187; demeure irr&#233;ductiblement anti-russe. En un sens, les russophobes d'aujourd'hui pensent comme le g&#233;n&#233;ral de Gaulle, qui d&#233;celait la permanence de la nation russe sous le vernis sovi&#233;tique. Mais ces obs&#233;d&#233;s de l'ogre moscovite en tirent des conclusions diam&#233;tralement oppos&#233;es. Visionnaire, farouchement attach&#233; &#224; l'id&#233;e nationale, le fondateur de la Ve R&#233;publique trouvait dans cette permanence une bonne raison de dialoguer avec Moscou. Les russophobes contemporains, au contraire, y voient le pr&#233;texte d'un affrontement sans fin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De Gaulle voulait d&#233;passer la logique des blocs en apaisant les tensions avec la Russie, tandis qu'ils entretiennent ces tensions afin de souder dans la haine anti-russe le bloc occidental. Le discours dominant en Occident durant la premi&#232;re &#171; guerre froide &#187; (1945-1990) ne cessait d'attribuer la responsabilit&#233; du conflit &#224; l'expansionnisme sovi&#233;tique et &#224; l'id&#233;ologie communiste. Mais si la guerre froide continue, c'est la preuve qu'un tel discours &#233;tait mensonger. Si le communisme &#233;tait responsable de la guerre froide, l'effondrement du syst&#232;me sovi&#233;tique aurait sonn&#233; le glas de cet affrontement, et le monde aurait tourn&#233; la page d'un conflit qu'on attribuait &#224; l'incompatibilit&#233; entre les deux syst&#232;mes. Il n'en est rien. La Russie n'est plus communiste, et l'Occident vassalis&#233; par Washington l'accuse quand m&#234;me des pires horreurs. Une renaissance de l'hyst&#233;rie anti-moscovite d'autant plus significative qu'elle succ&#232;de &#224; une d&#233;cennie dont la tonalit&#233; g&#233;opolitique &#233;tait fort diff&#233;rente. Fini, le temps o&#249; la Russie d&#233;liquescente de Boris Eltsine (1991-2000) avait les faveurs du &#171; monde libre &#187;. Soumise &#224; la &#171; th&#233;rapie de choc &#187; lib&#233;rale, elle s'&#233;tait plac&#233;e dans l'orbite occidentale. L'esp&#233;rance de vie de la population r&#233;gressa de dix ann&#233;es, mais ce d&#233;tail importait peu. La Russie rejoignait le monde merveilleux de l'&#233;conomie de march&#233; et de la d&#233;mocratie &#224; l'occidentale. Son &#233;quipe dirigeante, elle, touchait les dividendes d'une reddition qui lui valait son adoption par l'Occident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malheureusement pour ce dernier, cette lune de miel a pris fin au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Car la Russie a redress&#233; la t&#234;te. Elle n'a pas renou&#233; avec le socialisme, mais restaur&#233; l'&#201;tat. Elle a repris le contr&#244;le des secteurs-cl&#233; de son &#233;conomie &#8211; notamment dans l'&#233;nergie &#8211; que lorgnaient avec gourmandise les requins de la finance mondialis&#233;e. Le discours russophobe, malheureusement, n'est pas seulement un discours. Les actes ont suivi. Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, Washington organise une confrontation avec Moscou qui se d&#233;ploie sur trois fronts. Complexe militaro-industriel oblige, c'est d'abord sur le terrain de la course aux armements que Washington a d&#233;clench&#233; les hostilit&#233;s. En 1947, les USA voulaient &#171; contenir &#187; le communisme en enserrant l'URSS dans un r&#233;seau d'alliances militaires pr&#233;tendument d&#233;fensives. Dans les ann&#233;es quatre-vingt-dix, l'URSS n'existe plus. Pourtant, la politique des &#201;tats-Unis est toujours la m&#234;me, et l'Alliance atlantique survit miraculeusement &#224; la menace qu'elle &#233;tait cens&#233;e conjurer. Pire, Washington &#233;largit unilat&#233;ralement l'OTAN jusqu'aux fronti&#232;res de la Russie, violant l'engagement pris aupr&#232;s de Mikha&#239;l Gorbatchev qui accepta la r&#233;unification de l'Allemagne en &#233;change d'une promesse de non-extension de l'Alliance atlantique dans l'ex-glacis sovi&#233;tique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette offensive g&#233;opolitique de l'OTAN avait &#233;videmment un corollaire militaire. Ce fut d'abord l'installation, chez les nouveaux &#201;tats-membres d'Europe orientale, d'un bouclier antimissile am&#233;ricain. Impensable au temps de l'URSS, ce dispositif fait peser sur Moscou la menace d'une premi&#232;re frappe et rend caduc tout accord de d&#233;sarmement nucl&#233;aire. Ce fut ensuite la multiplication des man&#339;uvres militaires conjointes aux fronti&#232;res occidentales de la F&#233;d&#233;ration de Russie, de la Baltique &#224; la mer Noire. Sans oublier, bien entendu, la toile de fond de cette d&#233;monstration de force : colossal, le budget militaire am&#233;ricain repr&#233;sente la moiti&#233; des d&#233;penses militaires mondiales, crevant en 2021 le plafond des 780 milliards de dollars. En augmentation constante, il &#233;quivaut &#224; neuf fois celui de la Russie (13 fois si l'on tient compte du budget militaire de l'OTAN). Au demeurant, l'essentiel des d&#233;penses nouvelles accro&#238;t la capacit&#233; de projection des forces et n'a aucun caract&#232;re d&#233;fensif, conform&#233;ment &#224; la doctrine de &#171; l'attaque pr&#233;emptive &#187; fix&#233;e par les n&#233;oconservateurs depuis 2002. Dans ce domaine, rien n'arr&#234;te le progr&#232;s, et Donald Trump a annonc&#233;, en juillet 2018, qu'il cr&#233;erait une &#171; force spatiale &#187; distincte de l'US Air Force pour &#233;viter que les Russes et les Chinois ne dominent ce nouveau th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la course aux armements, la d&#233;stabilisation de &#171; l'&#233;tranger proche &#187; fut le deuxi&#232;me front ouvert par les &#201;tats-Unis et leurs vassaux contre Moscou. En fomentant un coup d'&#201;tat en Ukraine (f&#233;vrier 2014), ils entendaient d&#233;tacher ce pays de son puissant voisin afin d'isoler davantage la Russie, dans la foul&#233;e des &#171; r&#233;volutions color&#233;es &#187; qui se d&#233;roul&#232;rent en Europe orientale et dans le Caucase. Depuis 2014, l'Ukraine est donc en proie &#224; une crise int&#233;rieure gravissime. Le coup d'&#201;tat a port&#233; au pouvoir une clique ultra-nationaliste dont la politique a humili&#233; la population russophone des r&#233;gions orientales. Cette provocation d&#233;lib&#233;r&#233;e des autorit&#233;s usurpatrices de Kiev, soutenues par des groupes n&#233;o-nazis, a pouss&#233; les patriotes du Donbass &#224; la r&#233;sistance et &#224; la s&#233;cession. Mais aucun char russe ne foule le territoire ukrainien, et Moscou a toujours privil&#233;gi&#233; une solution n&#233;goci&#233;e de type f&#233;d&#233;ral. L'OTAN stigmatise et sanctionne la Russie pour sa politique &#224; l'&#233;gard de l'Ukraine, alors que la seule arm&#233;e qui tue des Ukrainiens est celle de Kiev, port&#233;e &#224; bout de bras par les puissances occidentales. Dans cet &#171; &#233;tranger proche &#187;, il est clair que c'est l'Occident qui d&#233;fie outrageusement la Russie &#224; ses fronti&#232;res, et non l'inverse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la course aux armements et la d&#233;stabilisation de l'Ukraine, c'est sur le terrain syrien que Washington a entrepris de contrecarrer Moscou. Le projet de d&#233;stabilisation du Moyen-Orient remonte en r&#233;alit&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Ancien commandant en chef des forces am&#233;ricaines en Europe, le g&#233;n&#233;ral Wesley Clark a r&#233;v&#233;l&#233; le contenu d'un m&#233;mo classifi&#233; du Pentagone provenant du bureau du secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense Donald Rumsfeld : &#171; Il disait que nous allions attaquer et d&#233;truire les gouvernements de sept pays en cinq ans : nous allions commencer par l'Irak, puis ensuite nous irions en Syrie, au Liban, en Libye, en Somalie, au Soudan et enfin en Iran. Ils voulaient que nous d&#233;stabilisions le Moyen-Orient, pour le retourner sens dessus dessous, afin de le voir finalement tomber sous notre contr&#244;le &#187;. Cette strat&#233;gie secr&#232;te a un objectif d&#233;termin&#233; : l'&#233;clatement du Moyen-Orient en une myriade d'entit&#233;s ethno-religieuses rivales et manipulables. Autrement dit, le d&#233;membrement des &#201;tats souverains de la r&#233;gion, surtout s'ils persistent dans leur refus de s'aligner sur l'axe Washington-Tel Aviv. La tentative d'an&#233;antissement de l'&#201;tat s&#233;culier syrien, principal alli&#233; arabe de l'URSS, puis de la Russie, est alors le dernier avatar de cette strat&#233;gie, dont l'Afghanistan, l'Irak, le Soudan, la Libye et le Y&#233;men ont d&#233;j&#224; fait les frais. Afin d'y parvenir, l'imp&#233;rialisme orchestre une violence g&#233;n&#233;ralis&#233;e destin&#233;e &#224; d&#233;stabiliser les &#201;tats r&#233;calcitrants, tout en fournissant le pr&#233;texte d'une intervention militaire pr&#233;tendument vou&#233;e &#224; &#233;radiquer le terrorisme. V&#233;ritable strat&#233;gie du &#171; chaos constructif &#187;, qui entretient la terreur tout en faisant semblant de la combattre, Washington tirant profit de la situation sur les deux tableaux : toute avanc&#233;e du terrorisme justifie la pr&#233;sence arm&#233;e des &#201;tats-Unis, et toute d&#233;faite inflig&#233;e au terrorisme se trouve port&#233;e au cr&#233;dit de leur fermet&#233; &#224; l'encontre de ces forces mal&#233;fiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet extraordinaire tour de passe-passe a son origine dans l'organisation du &#171; djihad &#187; antisovi&#233;tique en Afghanistan d&#232;s la fin des ann&#233;es soixante-dix. Issu de l'aristocratie polonaise, le conseiller &#224; la s&#233;curit&#233; nationale de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, est obs&#233;d&#233; par l'Union sovi&#233;tique. Il imagine alors la strat&#233;gie consistant &#224; d&#233;stabiliser la &#171; ceinture verte &#187; (musulmane) bordant le flanc sud de la Russie. A cette fin, il organise le recrutement de djihadistes issus du monde entier afin de cr&#233;er &#171; un Vietnam sovi&#233;tique &#187; en Afghanistan. A ses yeux, les djihadistes rebaptis&#233;s &#171; combattants de la libert&#233; &#187; constituent des recrues de choix pour une &#171; guerre sainte &#187; contre le communisme ath&#233;e. Une politique interventionniste qui incite l'URSS &#224; intervenir, &#224; son tour, au profit du gouvernement pro-communiste de Kaboul. Ce faisant, Moscou tombe dans le pi&#232;ge tendu par Washington, et cette erreur lui co&#251;tera tr&#232;s cher. Pour mener &#224; bien la d&#233;stabilisation du gouvernement afghan, les strat&#232;ges de la CIA s'appuient sur la puissance financi&#232;re saoudienne, qui arrose les mouvements extr&#233;mistes de p&#233;trodollars. Quant &#224; la logistique, elle est assur&#233;e par Oussama Ben Laden, dont l'organisation fournit un canal de recrutement de combattants qui affluent du monde musulman. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt, le dispositif terroriste qu'on d&#233;signera sous l'appellation d'Al-Qaida est en place, coordonn&#233; et sponsoris&#233; par l'axe Washington-Riyad.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De mani&#232;re significative, la m&#234;me strat&#233;gie imp&#233;rialiste est employ&#233;e contre la Chine. Comme la Russie sovi&#233;tique, puis post-sovi&#233;tique, le pays du milieu fait l'objet d'une s&#233;v&#232;re politique de &#034;containment&#034; qui rallume les feux de la guerre froide. De m&#234;me que le gouvernement des &#201;tats-Unis a suscit&#233; le &#171; djihad &#187; contre l'Union sovi&#233;tique en Afghanistan, puis arm&#233; ses &#171; proxys &#187; du Moyen-Orient contre la Syrie, il instrumentalise la cause ou&#239;ghoure pour d&#233;stabiliser la Chine sur son flanc occidental. &#171; G&#233;nocide &#187;, &#171; camps de concentration &#187;, &#171; trafics d'organes &#187; : une propagande hallucinante jette un &#233;cran de fum&#233;e sur la r&#233;alit&#233; du Xinjiang. Les d&#233;tracteurs de la Chine affirment que les Han (90% de la population) sont dominateurs. Mais s'ils avaient voulu dominer les nationalit&#233;s minoritaires, P&#233;kin ne les aurait pas exempt&#233;es de la politique de l'enfant unique inflig&#233;e &#224; l'ethnie han de 1978 &#224; 2015. Ce traitement de faveur a stimul&#233; l'essor d&#233;mographique des minorit&#233;s, et notamment des Ou&#239;ghours. Utiliser le langage servant &#224; d&#233;coder les pratiques coloniales pour expliquer la situation des nationalit&#233;s en Chine n'a aucun sens. Depuis Mao, aucune discrimination ne frappe les minorit&#233;s. Malgr&#233; son &#233;loignement et son aridit&#233;, le Xinjiang se d&#233;veloppe au b&#233;n&#233;fice d'une population multiethnique. Le s&#233;paratisme ou&#239;ghour est une folie que vient redoubler une autre folie : celle du djihadisme plan&#233;taire parrain&#233; par Washington depuis quarante ans. Ceux qui soutiennent les s&#233;paratistes ou&#239;ghours et accusent P&#233;kin de pers&#233;cuter les musulmans calomnient un pays qui n'a aucun contentieux avec le monde musulman. Ils prennent parti pour des extr&#233;mistes affili&#233;s &#224; une organisation criminelle (Al-Qaida) dont la majorit&#233; des victimes sont de confession musulmane. Ils croient d&#233;fendre les musulmans alors qu'ils servent les int&#233;r&#234;ts de Washington, qui est leur pire ennemi. L'origine des troubles qui agitent cette partie du territoire chinois n'est pas religieuse, mais g&#233;opolitique : c'est l'instrumentalisation du religieux par des organisations sectaires qui doivent l'essentiel de leur nocivit&#233; &#224; des complicit&#233;s &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout. Cette Chine accus&#233;e d'opprimer ses minorit&#233;s serait aussi coupable d'imp&#233;rialisme hors de ses fronti&#232;res. Avec la nouvelle guerre froide initi&#233;e par Washington, accuser la Chine d'&#234;tre &#171; imp&#233;rialiste &#187; pr&#233;sente deux avantages discursifs : on lui impute frauduleusement les travers de la politique occidentale, et on retourne contre un grand pays socialiste le tranchant du vocabulaire l&#233;niniste et mao&#239;ste. Le premier proc&#233;d&#233; rel&#232;ve de l'inversion maligne, qui consiste &#224; cr&#233;diter l'adversaire de ses propres turpitudes. Tactique &#233;prouv&#233;e du voleur qui crie &#224; l'assassin, par laquelle un Occident capitaliste pass&#233; ma&#238;tre dans l'art de violer les r&#232;gles accuse la Chine de ne pas les respecter. Le deuxi&#232;me proc&#233;d&#233;, qui consiste &#224; utiliser contre P&#233;kin le signifiant r&#233;volutionnaire d'origine l&#233;niniste &#171; imp&#233;rialisme &#187;, permet d'enr&#244;ler sous la banni&#232;re de Washington un gauchisme occidental inculte qui dissout ses illusions perdues dans le droit-de-l'hommisme. A l'examen des faits, on mesure toutefois l'extr&#234;me faiblesse de l'argumentaire. Si la Chine est &#171; imp&#233;rialiste &#187;, comment se fait-il que 143 pays aient accept&#233; de coop&#233;rer avec elle dans le cadre des &#171; Nouvelles Routes de la soie &#187; ? Nul doute que la Chine est une puissance montante dont l'influence &#233;conomique s'accro&#238;t irr&#233;sistiblement, mais l'imp&#233;rialisme est tout autre chose. Ce grand pays qui ne fait aucune guerre depuis quarante ans, visiblement, utilise d'autres moyens pour convaincre ses partenaires de travailler en commun.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant la p&#233;riode mao&#239;ste, la Chine se pr&#233;sentait comme le chef de file du combat anti-imp&#233;rialiste et le champion de la souverainet&#233; des nations d&#233;colonis&#233;es. Unifi&#233;e et lib&#233;r&#233;e par Mao, dot&#233;e de l'arme nucl&#233;aire en 1964, elle faisait figure d'exemple. A partir de 1978, Deng Xiaoping recueille l'h&#233;ritage mao&#239;ste tout en amor&#231;ant un net changement de cap. Il privil&#233;gie le d&#233;veloppement &#233;conomique, et il ouvre l'&#233;conomie chinoise pour attirer capitaux et technologies. C'est pourquoi il impose &#224; la politique ext&#233;rieure chinoise un &#171; profil bas &#187; qui favorise les &#233;changes commerciaux avec le monde d&#233;velopp&#233;. Contrairement &#224; la p&#233;riode mao&#239;ste, P&#233;kin abandonne l'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire : il s'agit d&#233;sormais de construire un monde multipolaire, pacifi&#233;, o&#249; la coop&#233;ration internationale favorise le d&#233;veloppement. Mais le principe de souverainet&#233; des &#201;tats demeure l'id&#233;e-force de la politique &#233;trang&#232;re chinoise. Avec deux cons&#233;quences : la Chine refuse de s'immiscer dans les affaires int&#233;rieures des autres pays et n'accepte aucune ing&#233;rence &#233;trang&#232;re dans les siennes. Contrairement aux pays occidentaux, qui pr&#233;tendent promouvoir la &#171; d&#233;mocratie &#187; et les &#171; droits de l'homme &#187; &#224; coups de bombardements, la Chine estime que chaque nation doit trouver sa voie et que l'ing&#233;rence est une violation de la loi internationale. Bref, elle prend au s&#233;rieux la Charte des Nations Unies et elle condamne le &#034;regime change&#034; pratiqu&#233; par Washington contre les gouvernements qui refusent de se soumettre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Respectueuse de la souverainet&#233; des &#201;tats, la Chine coop&#232;re dans tous les domaines avec les pays qui le souhaitent, sans consid&#233;ration de leur r&#233;gime politique ou de leur orientation id&#233;ologique. C'est ainsi qu'elle travaille avec le Venezuela comme avec la Colombie, ou qu'elle fait du commerce avec l'Iran comme avec l'Arabie saoudite. C'est ce que Xi Jinping nomme la politique du &#171; gagnant-gagnant &#187;, o&#249; chacun trouve un int&#233;r&#234;t &#224; coop&#233;rer et respecte la souverainet&#233; de l'autre. Une politique mise en &#339;uvre &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, qui conna&#238;t un succ&#232;s grandissant en Asie, en Afrique et en Am&#233;rique latine, autrement dit sur le terrain de chasse historique des anciennes puissances coloniales. Avec les &#171; Nouvelles Routes de la soie &#187;, la Chine exporte des produits manufactur&#233;s et importe des mati&#232;res premi&#232;res, mais elle monnaye ses importations par des constructions d'infrastructures. B&#233;n&#233;fique pour la Chine, ce programme l'est aussi pour les pays partenaires. Car il &#233;vite les errements des politiques n&#233;o-lib&#233;rales impos&#233;es par l'Occident aux pays en voie de d&#233;veloppement. Les institutions internationales comme le Fonds mon&#233;taire international (FMI) et la Banque mondiale, en effet, exigent en contrepartie de leur concours financier la mise en &#339;uvre de politiques d'aust&#233;rit&#233; inspir&#233;es du &#171; consensus de Washington &#187;. La Chine, elle, n'exige rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En clair, sa politique prend &#224; rebrousse-poil les programmes d'ajustement structurel impos&#233;s par le FMI. Les pays qui veulent travailler avec les Chinois ne sont pas contraints de privatiser les entreprises publiques, de diminuer les imp&#244;ts sur les entreprises ou de faire des coupes sombres dans les budgets sociaux. Parce qu'elle s'interdit toute ing&#233;rence dans les affaires int&#233;rieures des autres pays, la Chine n'exige aucune orientation de politique &#233;conomique, estimant &#224; juste titre que cette question rel&#232;ve de la souverainet&#233; nationale. Certes, elle ne pr&#234;te pas &#224; l'aveugle et pr&#233;serve ses int&#233;r&#234;ts. Ses entreprises se montrent parfois gourmandes, et certains projets sont diff&#233;r&#233;s &#224; la suite de d&#233;saccords persistants. Mais la Chine respecte la souverainet&#233; de ses partenaires. Cette politique est-elle imp&#233;rialiste ? Il ne faut pas confondre expansion &#233;conomique et imp&#233;rialisme. Car ce dernier ne se r&#233;sume pas &#224; la puissance mat&#233;rielle. La Chine des Ming &#233;tait d&#233;j&#224; une grande puissance, et elle n'a jamais conquis de territoires en dehors de son aire civilisationnelle. L'imp&#233;rialisme est une politique visant la soumission des autres nations, de gr&#233; ou de force, et qui impose leur alignement sur les int&#233;r&#234;ts de la puissance h&#233;g&#233;monique. C'est une entreprise de subordination qui passe toujours, &#224; des degr&#233;s divers, par une forme de contrainte, m&#234;me si le soft power y accompagne le hard power.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1916, L&#233;nine avait d&#233;fini l'imp&#233;rialisme comme le &#171; stade supr&#234;me du capitalisme &#187; en soulignant le r&#244;le de la finance et des monopoles : &#171; L'imp&#233;rialisme est le capitalisme arriv&#233; &#224; un stade de d&#233;veloppement o&#249; s'est affirm&#233;e la domination des monopoles et du capital financier, o&#249; l'exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, o&#249; le partage du monde a commenc&#233; entre les trusts internationaux et o&#249; s'est achev&#233; le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes &#187;. Cette d&#233;finition est toujours d'actualit&#233;, comme en t&#233;moignent la financiarisation de l'&#233;conomie et le r&#244;le des multinationales. Mais l'imp&#233;rialisme dont parlait L&#233;nine &#233;tait d&#233;chir&#233; par les rivalit&#233;s inter-imp&#233;rialistes qui ont provoqu&#233; le premier conflit mondial. L'imp&#233;rialisme contemporain, en revanche, est un imp&#233;rialisme &#224; vocation h&#233;g&#233;monique : c'est l'imp&#233;rialisme des &#201;tats-Unis, o&#249; l'oligarchie financi&#232;re mondialis&#233;e a son quartier g&#233;n&#233;ral. Afin d'exercer ses pr&#233;rogatives imp&#233;riales, Washington a recours &#224; des moyens caract&#233;ris&#233;s. En leur absence, la qualification d'une politique comme &#171; imp&#233;rialiste &#187; rel&#232;ve au mieux d'un jeu de mots, au pire d'une op&#233;ration de propagande. Quels sont ces instruments ? On en d&#233;nombre cinq : l'intervention militaire, la guerre &#233;conomique, la manipulation m&#233;diatique, le coup d'&#201;tat t&#233;l&#233;guid&#233; et la terreur import&#233;e. Ces cinq moyens d'action constituent le v&#233;ritable &#171; pentagone &#187; de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce point de vue, une comparaison factuelle entre la Chine et les &#201;tats-Unis est particuli&#232;rement &#233;difiante. Depuis quarante ans, les &#201;tats-Unis et leurs vassaux ont particip&#233; &#224; de nombreuses guerres : La Grenade, Panama, Somalie, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie. La plupart de ces interventions militaires &#233;taient contraires au droit international. La Chine n'en a fait aucune. Les &#201;tats-Unis ont 725 bases militaires &#224; l'&#233;tranger, la Chine une seule. Certaines de ces bases militaires sont &#224; proximit&#233; de la Chine, qui n'a aucune base &#224; proximit&#233; des &#201;tats-Unis. Ces derniers ont un budget militaire de 740 milliards, la Chine de 260 milliards de dollars. Par habitant, les USA d&#233;pensent donc - pour leur arm&#233;e &#8211; douze fois plus que la Chine. La marine de guerre des &#201;tats-Unis est omnipr&#233;sente dans le d&#233;troit entre la Chine et Ta&#239;wan et en Mer de Chine m&#233;ridionale, tandis que la marine chinoise ne patrouille jamais entre Cuba et la Floride ou au large de Manhattan. Les &#201;tats-Unis et les institutions qui en d&#233;pendent (FMI, etc..) imposent des politiques d'aust&#233;rit&#233; n&#233;olib&#233;rales aux &#201;tats emprunteurs. La Chine, jamais. Les &#201;tats-Unis infligent des sanctions &#233;conomiques &#224; 39 pays (blocus ou embargo contre Cuba, l'Iran, la Syrie etc..). La Chine &#224; aucun. L'immense appareil de propagande des &#201;tats-Unis produit de fausses informations, notamment sur des &#171; violations des droits de l'homme &#187;, contre les &#201;tats ou les gouvernements qu'ils veulent combattre. La Chine, jamais. Les &#201;tats-Unis ont orchestr&#233; ou tent&#233; d'orchestrer des op&#233;rations de &#034;regime change&#034; dans de nombreux pays (Libye, Syrie, Ukraine, Venezuela, Honduras, etc..). La Chine, jamais. Les &#201;tats-Unis financent des partis d'opposition ou des organisations soi-disant humanitaires dans les pays dont ils veulent d&#233;stabiliser le gouvernement. La Chine, jamais. Les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s ont form&#233;, arm&#233; et manipul&#233; des organisations terroristes pour semer le chaos chez les autres (Afghanistan, Libye, Syrie). La Chine, jamais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bruno GUIGUE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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