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	<title>Agir Contre le Colonialisme Aujourd'hui</title>
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	<description>L'association a pour but de d&#233;noncer les tentatives actuelles et r&#233;centes de recolonisation du monde, par l'agression &#233;conomique, culturelle et militaire ainsi que de d&#233;noncer les m&#233;faits du colonialisme ancien.</description>
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		<title>Agir Contre le Colonialisme Aujourd'hui</title>
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		<title>Isabelle Minnon : &#8220;Pour l'imp&#233;rialisme, il ne faut surtout pas que le Congo se d&#233;veloppe&#8221; Robin Delobel</title>
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		<dc:creator> Robin Delobel</dc:creator>



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&lt;p&gt;La R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC) organise ses prochaines &#233;lections pr&#233;sidentielles dans moins d'une semaine, le 20 d&#233;cembre prochain. Pr&#232;s de 50 millions de Congolais et Congolaises sont appel&#233;s aux urnes. La RDC est-elle face &#224; un tournant ? Quels sont les grands enjeux pour le pays ? Nous avons interview&#233; Isabelle Minnon, activiste d&#233;coloniale dans le mouvement Intal &#233;galement chercheuse sur le secteur minier en R.D. Congo et sur les relations entre les pays du continent africain et la (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC) organise ses prochaines &#233;lections pr&#233;sidentielles dans moins d'une semaine, le 20 d&#233;cembre prochain. Pr&#232;s de 50 millions de Congolais et Congolaises sont appel&#233;s aux urnes. La RDC est-elle face &#224; un tournant ? Quels sont les grands enjeux pour le pays ? Nous avons interview&#233; Isabelle Minnon, activiste d&#233;coloniale dans le mouvement Intal &#233;galement chercheuse sur le secteur minier en R.D. Congo et sur les relations entre les pays du continent africain et la Chine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;source : &lt;a href=&#034;https://investigaction.net/isabelle-minnon-pour-limperialisme-il-ne-faut-surtout-pas-que-le-congo-se-developpe/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;investig'action&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les enjeux principaux des &#233;lections en R&#233;publique D&#233;mocratique du Congo qui doivent, normalement, se tenir le 20 d&#233;cembre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis son ind&#233;pendance, l'enjeu principal en RDC, c'est le respect de sa souverainet&#233; &#233;conomique ce qui signifie l'exploitation souveraine de ses ressources naturelles dont ses ressources mini&#232;res. En d'autres termes, &#231;a veut dire mettre fin au pillage de la RDC, immens&#233;ment riche en cobalt, cuivre, or, diamant, etc ; premier pays exportateur de cobalt au monde et troisi&#232;me pays exportateur de cuivre. Ce respect de la souverainet&#233; de la RDC et de cette exploitation souveraine du pays est indispensable afin de construire un &#201;tat fort, un Etat &#233;conomiquement solide face &#224; des pays du Nord qui ont toujours comme but de soutenir leurs multinationales pr&#233;sentes ou m&#234;me pas forc&#233;ment pr&#233;sentes en RDC mais qui veulent garder le contr&#244;le en poussant &#224; la privatisation des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;F&#233;lix Tshisekedi, &#233;lu en 2018 dans des circonstances douteuses, a tr&#232;s fortement ax&#233; son discours ces deux derni&#232;res ann&#233;es sur la guerre. C'est un enjeu majeur. Cette guerre dure depuis plus de vingt cinq ans, il y a encore des massacres et beaucoup de d&#233;plac&#233;s &#224; l'Est&#8230; Mais Tshisekedi &#233;vite de parler de l'&#233;conomie du Congo et de l'exploitation souveraine des richesses. Mettre fin &#224; la guerre, &#224; ce d&#233;s&#233;quilibre, &#224; la d&#233;stabilisation du Congo, cela ne suffit pas ! S'il s'agit d'avoir une &#233;conomie forte, encore faut-il qu'apr&#232;s l'&#201;tat redistribue ses richesses. Celles-ci doivent &#234;tre redistribu&#233;es &#224; la population et doivent lui servir. C'est vraiment l'enjeu pour le pays dans le cadre de ces &#233;lections. Ici, la population sait ce qu'elle veut. J'ai voyag&#233; en 2022 et 2023, la population sait tr&#232;s bien que l'Occident n'est pas l&#224; pour les int&#233;r&#234;ts du peuple congolais. Elle l'a compris depuis tr&#232;s longtemps. Avoir une bourgeoisie locale au pouvoir, alli&#233;e de l'Occident et qui s'accapare les richesses, qui exploite les ressources du pays pour s'enrichir elle-m&#234;me, pour enrichir les multinationales, cela ne va pas &#224; l'encontre de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souverainet&#233;, c'est quelque chose qui vient de loin historiquement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, lors des ind&#233;pendances, cette notion faisait partie des discours des grands panafricanistes, ainsi que de ceux de la lutte anticolonialiste des pays d'Am&#233;rique Latine, des pays asiatiques et d'autres pays d'Afrique. En RDC, on se souvient de Patrice Lumumba qui parlait d'ind&#233;pendance politique et d'ind&#233;pendance &#233;conomique. Ensuite, tout cela a &#233;t&#233; fortement remis en question avec les institutions financi&#232;res internationales au Congo apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir de Mobutu, aid&#233; par les &#201;tats-Unis et la Belgique. Mobutu repr&#233;sentait un alli&#233; important pour l'Occident et va totalement r&#233;pondre au programme de la Banque mondiale et des institutions financi&#232;res internationales. Aujourd'hui, on entend parfois des discours du type &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187;. Cependant, cette pens&#233;e nostalgique, r&#233;currente, ne tient pas compte de deux points. D'une part, dans les ann&#233;es septante, sous la p&#233;riode Mobutu, la production congolaise &#233;tait en r&#233;alit&#233; tr&#232;s faible. D'autre part, il y a eu une destruction de l'&#233;conomie : les dettes ont tr&#232;s fortement augment&#233; ! Avant l'arriv&#233;e de Laurent-D&#233;sir&#233; Kabila au pouvoir, le Congo avait une dette d'&#224; peu pr&#232;s douze milliards de dollars. Il s'agissait d'une dette compl&#232;tement insoutenable pour le pays et elle vient de cette p&#233;riode vraiment destructrice de l'&#233;conomie avec tous ces programmes d'ajustement structurel. Sur le continent africain, les populations ont bien vu que leur sort ne s'est pas am&#233;lior&#233; avec les politiques de la Banque mondiale et du FMI. Ce qu'elles r&#233;clament, c'est la souverainet&#233; de leur pays respectifs, de pouvoir b&#233;n&#233;ficier elles-m&#234;mes de leurs richesses, d'arr&#234;ter de r&#233;pondre aux int&#233;r&#234;ts de l'&#233;lite bourgeoise de l'Occident. C'est le n&#339;ud du probl&#232;me ! Il y a eu beaucoup de manifestations au Congo, notamment en provenance du secteur de la sant&#233;. Le personnel soignant a manifest&#233; en 2022 et 2023. L&#224; encore, allouer des budgets aux soins de sant&#233; implique un &#201;tat suffisamment fort &#233;conomiquement et que les autorit&#233;s au pouvoir ne d&#233;tournent pas l'argent public pour ses propres int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi les candidats actuels, qui incarne ce projet d'un &#171; &#201;tat fort &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Actuellement, il y a une vingtaine de candidats d&#233;clar&#233;s dont quatre principaux. D'abord, F&#233;lix Tshisekedi, le pr&#233;sident sortant, qui brigue un second mandat. Martin Fayulu,qui s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; lors des &#233;lections de 2018. Ensuite, le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, connu mondialement. Enfin, il y a l'ancien gouverneur du Katanga, Mo&#239;se Katumbi. Au sein de ce quatuor, il faut &#234;tre clair : aucun des candidats n'incarne une rupture avec l'imp&#233;rialisme ; la rupture n&#233;cessaire avec les grandes multinationales pour aller vers la d&#233;fense de la souverainet&#233; &#233;conomique, politique et territoriale du Congo ainsi qu'une redistribution des richesses. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de perspective pour le pays car les &#233;lections sont aussi un moment pour la population pour r&#233;clamer des am&#233;liorations. Et c'est aussi l'occasion, pour les mouvements progressistes du Nord, de mettre en lumi&#232;re les mani&#232;res s'ing&#232;re l'Occident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le docteur Denis Mukwege semble un candidat plein de qualit&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a effectivement soign&#233; des milliers de victimes de violences sexuelles dans l'h&#244;pital Panzi situ&#233; &#224; l'Est du Congo o&#249; il a travaill&#233;. Mukwege a accompli beaucoup et a re&#231;u le prix Nobel de la paix en 2018, pour son travail en tant que m&#233;decin. Mais il faut savoir qu'il a rendu visite, en juin 2023, au pr&#233;sident nord-am&#233;ricain Joe Biden, qu'il a effectu&#233; des tourn&#233;es en Europe, au Canada et dans les pays du Nord qui promeuvent l'exploitation de la RDC via leurs multinationales. Son programme n'incarne pas cette rupture &#233;conomique avec le grand capital international. Denis Mukwege parle en faveur de la paix, pour mettre un terme &#224; la faim, aux vices&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des slogans mais sans pr&#233;ciser quelles alternatives mettre en place pour y arriver ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Exactement, ce sont des slogans. Or, s'il n'y a pas de rupture &#233;conomique avec la politique du Fonds Mon&#233;taire International (FMI), des institutions internationales, des grandes puissances, la RDC ne peut pas prendre une voie qui sera r&#233;ellement celle de la paix. Une voie de la paix passe par la ma&#238;trise territoriale et l'exploitation de ses ressources naturelles. Ce n'est pas avec ces slogans qu'on peut arriver &#224; r&#233;pondre aux besoins vitaux de la population&#8230; Quant &#224; F&#233;lix Tshisekedi, ces deux derni&#232;res ann&#233;es, il a privil&#233;gi&#233; un discours par rapport &#224; la paix. Dans ses d&#233;clarations, il attaque Paul Kagam&#233;, parce qu'il sait tr&#232;s bien que la population, particuli&#232;rement &#224; l'Est, veut la fin de cette guerre, la fin de cette humiliation avec Kagam&#233; et le gouvernement rwandais. Mais avoir recours &#224; ces discours, c'est une mani&#232;re pour Tshisekedi de pouvoir r&#233;cup&#233;rer la confiance de la population et de pouvoir s'accaparer de nouvelles voix pour les &#233;lections. Il faut pr&#233;ciser que la guerre en RDC ne peut pas se r&#233;sumer au voisin de l'est. Ce n'est pas le Rwanda qui fabrique des armes. Son &#233;conomie d&#233;pend principalement de l'aide au d&#233;veloppement fournie par les &#201;tats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Europe. Derri&#232;re le Rwanda, il y a donc surtout les &#201;tats-Unis, mais Tshisekedi ne s'attaque pas &#224; eux et ne d&#233;nonce que le seul Rwanda. Ces divergences entre la RDC et le Rwanda arrange d'ailleurs les &#201;tats-Unis. Cela cr&#233;e une d&#233;stabilisation et permet &#224; ces derniers de pouvoir s'ing&#233;rer, de venir dicter comment il faut faire. Avril Haynes, la Secr&#233;taire national de la s&#233;curit&#233; aux &#201;tats-Unis, s'est rendue au Rwanda et au Congo fin novembre pour pr&#233;senter une sorte d'accord de paix entre les deux pays et attribuer une image de pacificateur aux &#201;tats-Unis. Pour autant, beaucoup en Afrique ne croient plus que ce sont les &#201;tats-Unis ou l'Europe qui vont apporter la paix. Avec les bouleversements survenus en Afrique de l'Ouest (Niger, Burkina Faso ou Mali), il y a toute une population sur le continent qui exprime son ras-le-bol face &#224; des syst&#232;mes comme celui de la France mais aussi envers la mission des Nations Unies au Mali et celle au Congo. Idem avec ce qui s'est pass&#233; en Ukraine et en Palestine&#8230; Les populations d'Afrique savent parfaitement que les &#201;tats du Nord ne sont pas les alli&#233;s des peuples opprim&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les autres candidats &#224; la pr&#233;sidentielle congolaise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ni Tshisekedi ni Denis Mukwege n'incarnent ce changement n&#233;cessaire pour la RDC. Encore moins Mo&#239;se Katumbi, ex-gouverneur et richissime homme d'affaires qui a jou&#233; sur le fait d'&#234;tre &#171; proche des gens &#187; en distribuant de l'argent. Il a surtout mis en place un syst&#232;me client&#233;liste. Martin Fayulu a contest&#233; le r&#233;sultat des derni&#232;res &#233;lections mais depuis, on l'entend peu et il n'a pas non plus pr&#233;sent&#233; un programme en rupture avec le grand capital, pourtant &#224; l'origine de la d&#233;stabilisation constante du Congo. Devant cette absence de candidats alternatifs au syst&#232;me dominant, il faut avoir &#224; l'esprit plusieurs choses. Primo : le Congo est un pays immense, de pr&#232;s de cent millions d'habitants, situ&#233; au c&#339;ur du continent, frontalier de neuf autres pays africains, qui poss&#232;de des ressources mini&#232;res &#233;normes, en plus de ressources naturelles (for&#234;ts, fleuve, poissons, agricole, etc.). De par son gigantisme, on ne peut redresser un pays comme le Congo de la m&#234;me mani&#232;re que le Botswana, qui a le vent en poupe et est par ailleurs l'alli&#233; du capitalisme, ou un pays comme le Rwanda, que l'on vente pour sa modernit&#233; (bien que b&#233;n&#233;ficiant avant tout &#224; la bourgeoisie locale) mais qui d&#233;pend compl&#232;tement d'aide au d&#233;veloppement de l'ext&#233;rieur et qui construit cette modernit&#233; aussi sur le pillage du Congo et l'exploitation de son peuple. Secundo : la RDC est vraiment strat&#233;giquement importante de par ses ressources.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'imp&#233;rialisme, il ne faut surtout pas que le Congo se d&#233;veloppe et devienne r&#233;ellement ind&#233;pendant. Frantz Fanon a &#233;crit : &#171; l'Afrique a la forme d'un revolver dont la g&#226;chette se trouve au Congo. Celui qui a le doigt sur cette g&#226;chette d&#233;tient le pouvoir de construire ou de d&#233;truire la sous-r&#233;gion, l'Afrique et le monde. Les Congolais doivent comprendre leur importance strat&#233;gique &#187;. C'est pour cette raison que le Congo-Kinshasa a fait l'objet d'une agression intensive au moment de son &#171; ind&#233;pendance &#187; d&#233;but des ann&#233;es 60. Il y a eu de terribles massacres contre ceux qu'on appelait &#224; l'&#233;poque &#171; les nationalistes &#187; &#8211; en r&#233;alit&#233; il faut comprendre les anticolonialistes &#8211; et contre les ouvriers et paysans qui &#233;taient port&#233;s par les voix de Patrice Lumumba, puis de Pierre Mulele, deux leaders qui se sont battus pour une r&#233;elle ind&#233;pendance et souverainet&#233; du Congo. Il y a eu une v&#233;ritable destruction de toute la gauche et des mouvements ind&#233;pendantistes au Congo. Ce gigantesque pays d'Afrique centrale doit encore se redresser par rapport &#224; cela et, pour se faire, compter sur ses millions de travailleurs, sa jeunesse (ouvriers, paysans, petits commer&#231;ants, &#233;tudiants&#8230;) et les forces progressistes. De notre c&#244;t&#233;, notre r&#244;le, en Belgique &#8211; o&#249; le gouvernement contribue &#224; exploiter un pays comme le Congo et d'autres pays du Sud &#8211; n'est pas &#171; d'aider &#187; comme veut nous faire croire la pens&#233;e dominante mais d'agir de concert contre un m&#234;me syst&#232;me qui exploite, c'est la solidarit&#233; internationale entre les peuples.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquiez des mobilisations r&#233;centes dont on n'entend pas parler dans les m&#233;dias mainstream occidentaux : quelles sont-elles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au niveau des gr&#232;ves, effectivement, on ne les met pas en avant dans les m&#233;dias. Ce type d'&#233;v&#233;nement est parfois relay&#233; par certains acteurs sociaux comme Viva Salud, une ONG belge. La derni&#232;re en date est une gr&#232;ve du personnel de la sant&#233; (infirmiers, m&#233;decins&#8230;) qui s'est produite tant &#224; Kinshasa qu'&#224; Matadi (situ&#233;e &#224; 300 km de la capitale) mais aussi au Kasa&#239; (r&#233;gion de l'ouest du Congo). Il y a &#233;galement eu la gr&#232;ve des transporteurs routiers, plut&#244;t localis&#233;e &#224; l'Est, li&#233;e au transport de l'exploitation mini&#232;re et des salaires qui &#233;taient trop bas. Mais ce qu'on montre, ces derniers temps, dans la grande presse occidentale, ce sont des enfants qui travaillent dans les mines, la fa&#231;on dont ils sont exploit&#233;s et leurs conditions de travail horribles. Mettre en sc&#232;ne ces conditions sans livrer le contexte, l'historique, l'explication des processus &#233;conomiques est une autre mani&#232;re de s'ing&#233;rer davantage dans le pays. Ces images vont servir de support, par exemple, lorsque les &#201;tats-Unis adoptent, en juillet 2023, un projet pour bloquer l'exploitation du cobalt. Quand on analyse leur utilisation, ces images peuvent servir &#224; emp&#234;cher le d&#233;veloppement souverain de la RDC. Il faut faire attention &#224; cette propagande qui vise &#224; toucher l'&#233;motion des gens. En tant que population solidaire, en tant que mouvement de gauche, on ne doit pas tomber dans cette forme de pi&#232;ge des gouvernements occidentaux. On doit pouvoir dire que ceci est instrumentalis&#233; dans l'int&#233;r&#234;t des grandes puissances pour encore plus d'ing&#233;rence. D'autre part, ce qui n'est pas montr&#233;, c'est le d&#233;veloppement d'usines modernes. La RDC au d&#233;but des ann&#233;es 2000 n'est pas celle de 2023&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des images mis&#233;rabilistes ? Comme celles, par exemple, produites par l'ONG de l'acteur Ben Affleck, qui pr&#233;tend travailler pour les Congolaises et Congolais ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, l'ONG de Ben Affleck, Eastern Congo Initiative, participe &#224; cette sorte de campagne qui existe depuis des ann&#233;es. Pr&#233;cisons qu'en 2005 les relations &#233;conomiques ont repris entre la RDC et la Chine. Celles-ci n'&#233;taient pas absentes sous Mobutu mais, en 2005, le pr&#233;sident Joseph Kabila a renou&#233; des relations &#233;conomiques plus forte avec la Chine. La RDC a ainsi connu une p&#233;riode de renouveau en termes d'exploitation mini&#232;re. Alors que sa production &#233;tait presque &#224; l'arr&#234;t, le pays est redevenu premier producteur mondial de cobalt et troisi&#232;me de cuivre mais dans des relations qui ont &#233;t&#233; faites avec des soci&#233;t&#233;s chinoises, &#224; capitaux chinois. Il y a aussi la G&#233;camines, soci&#233;t&#233; appartenant &#224; 100% &#224; l'&#201;tat congolais, qui a conclu des partenariats avec des soci&#233;t&#233;s &#224; capitaux chinois o&#249; l'on a un actionnariat congolais plus &#233;lev&#233; que lorsque c'&#233;tait avec des soci&#233;t&#233;s occidentales (comme par exemple Glencore). Il y a encore des soci&#233;t&#233;s telles Mutanda mining, Katanga mining, qui est &#224; 100 % &#224; Glencore, sont des capitaux anglo-suisse o&#249; l'&#201;tat congolais n'a rien. Si on reprend les soci&#233;t&#233;s mini&#232;res comme Sicomines, qui a &#233;t&#233; fortement critiqu&#233;e par les &#201;tats-Unis et par les m&#233;dias mainstream, mais l&#224; l'&#201;tat congolais a 32 %. En r&#233;sum&#233;, il y aura une remont&#233;e en terme de production industrielle vers une voie de l'industrialisation qui d&#233;pla&#238;t aux &#201;tats-Unis dans sa guerre &#233;conomique contre la Chine. Donc, cette campagne mis&#233;rabiliste &#8211; qui n'est pas du tout une campagne pour les int&#233;r&#234;ts des travailleurs ou pour les enfants -, est &#224; l &#8216;image de la colonisation. Celle-ci s'est faite soi-disant pour &#171; la civilisation &#187; du pays, pour y apporter le d&#233;veloppement. On est compl&#232;tement dans le m&#234;me sch&#233;ma narratif. C'est vraiment une campagne port&#233;e par les &#201;tats-Unis, relay&#233;e par des personnalit&#233;s comme Ben Affleck.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se mat&#233;rialise politiquement cette campagne de d&#233;stabilisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a eu un projet de loi aux &#201;tats-Unis, en juillet 2023, qui d&#233;clarait vouloir mettre des conditions plus strictes &#224; l'exportation du cobalt. Les termes utilis&#233;s sont l'exploitation des enfants, etc. La ministre congolaise des mines a r&#233;pondu un communiqu&#233; de presse en disant qu'il y avait une s&#233;rie de r&#232;gles qui &#233;taient mis en place. Des r&#232;gles qui devraient permettre de respecter les conditions de travail, maintenant ce qu'elle dit n'est pas &#224; prendre &#224; la lettre, mais ce qu'il faut savoir c'est que le discours des &#201;tats-Unis veut emp&#234;cher toute production, exploitation et exportation autonome du cobalt, du cuivre. La production interne de diamants a aussi augment&#233; avec une soci&#233;t&#233; &#224; capitaux chinois et capitaux congolais. Et qui dit exploitation et production qui augmente signifie des alliances entre des pays Sud-Sud, comme la RDC avec la Chine. Ce qui fait perdre le monopole aux &#201;tats-Unis dans la r&#233;gion mais aussi &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s occidentales. En montrant et diffusant des images mis&#233;rabilistes, c'est une mani&#232;re de casser cette dynamique &#233;conomique. Ensuite, ces images donnent aussi une perception aux populations dans les pays du Nord qu'un pays comme le Congo, un continent comme l'Afrique a besoin d'aide, a besoin de venir qu'on sauve les enfants, les femmes, il y a l'image de la population de fonctionnaires qui seraient incomp&#233;tents, d'un &#201;tat incapable. A l'&#233;poque des ind&#233;pendances, lorsque Frantz Fanon parlait des attaques contre Lumumba, il disait : &#171; Il faut cr&#233;er l'image d'un &#201;tat qui est faible &#187;. Ces images contribuent &#224; l'id&#233;e d'un &#201;tat qui est faible, d'une population incapable, inhumaine, sauvage m&#234;me. Or, rendre &#171; sauvage &#187;, c'est d&#233;shumaniser l'Africain, le Congolais. Cela cr&#233;e cette perception d'un besoin d'aide qui est compl&#232;tement fausse. En propulsant cette image d'une aide qui serait in&#233;vitable, cela occulte le fait qu'il faut s'attaquer aux multinationales et aux diff&#233;rents accords &#233;conomiques conclus au d&#233;triment de la RDC et de l'Afrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des images qui ont donc des r&#233;percussions tr&#232;s importantes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le code minier congolais a &#233;t&#233; modifi&#233; en 2018. C'est un &#233;l&#233;ment important &#224; relever puisque le code minier avait &#233;t&#233; influenc&#233; en 2002 par les institutions financi&#232;res, Banque Mondiale et FMI, donc poussant &#224; la privatisation. Concr&#232;tement, cela signifiait une diminution de la part de l'&#201;tat congolais dans les industries mini&#232;res, des redevances de taxes moins &#233;lev&#233;es &#224; l'&#233;gard des grandes entreprises, etc. Or, le code minier 2018, qui a mis du temps pour &#234;tre adopt&#233; parce qu'il y a eu un grand lobbying des multinationales contre lui, pr&#233;voit une plus grande participation de l'&#201;tat congolais avec des taxes plus importantes. Ce n'est pas quelque chose qui est mis en avant &#233;videmment, mais plut&#244;t cach&#233; par les gouvernements europ&#233;ens et nord-am&#233;ricain. Au Mali, le ministre actuel des Affaires &#233;trang&#232;res, Abdoulaye Diop, confronte bien la France et l'Occident concernant l'exploitation des ressources du pays en disant : &#171; ce sont nos richesses elles nous appartiennent, c'est &#224; nous de d&#233;cider &#187;. Pr&#233;cisions que le Mali a aussi adopt&#233; r&#233;cemment un nouveau code minier. Il s'agit d'un enjeu crucial dans toute l'Afrique. Au S&#233;n&#233;gal, le pr&#233;sident Macky Sall est un grand alli&#233; de la France et des &#201;tats-Unis qui le montrent comme &#171; un exemple de d&#233;mocratie &#187; alors qu'il y a un grand opposant au pr&#233;sident, Ousmane Sonko, tr&#232;s populaire et qui incarne une rupture avec l'imp&#233;rialisme. C'est un ancien fonctionnaire des finances qui explique que l'horizon &#224; prendre pour son pays, c'est la rupture avec ce syst&#232;me qui accorde des privil&#232;ges &#233;normes aux grandes entreprises et qui ne taxe pas les grandes multinationales. L&#224; aussi une grande partie de la population se dit que les ressources du pays doivent lui servir et non pas produire b&#233;n&#233;fices et profits incessants pour les multinationales. Cette question des richesses au profit de la population se manifeste d'une autre mani&#232;re en RDC qu'au Mali, S&#233;n&#233;gal, Burkina Faso ou encore au Niger mais elle est bien pr&#233;sente parmi la population, certains mouvements sociaux et m&#234;me chez certains fonctionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour bien comprendre : les compagnies &#233;tasuniennes sont pr&#233;sentes en RDC mais voudraient une plus grosse part du g&#226;teau minier et sont d&#233;rang&#233;es par la pr&#233;sence de la Chine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, les grandes compagnies mini&#232;res au Congo ne poss&#232;dent pas de capitaux &#233;tasuniens, plut&#244;t canadiens, anglais, suisse. Les &#201;tats-Unis viennent d&#233;fendre ces soci&#233;t&#233;s m&#234;me si elles ne sont pas &#233;tasuniennes, pour viser la privatisation du secteur minier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour s'ins&#233;rer dans les prises de d&#233;cision ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, et pour d&#233;stabiliser constamment. Parce que si on prend Tenke Fungurume, production surtout de cuivre, c'est 20 % &#224; la G&#233;camines (soci&#233;t&#233; mini&#232;re publique, appartenant 100 % &#224; l'&#201;tat congolais) et 80 % &#224; capitaux chinois majoritairement. Tenke Fungurume a appartenu &#224; un actionnaire avec capitaux &#233;tasuniens (&#224; l'&#233;poque Freeport-McMoRan) mais ils l'ont vendu &#224; des soci&#233;t&#233;s chinoises. Ils se sont retir&#233;s. Parfois simplement l'Europe ou les &#201;tats-Unis n'ont plus les moyens d'aller investir de gros capitaux alors ils d&#233;stabilisent. Ce qui leur permet de maintenir un Congo faible et de ne pas devoir investir. Il y a aussi la question des titres miniers. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, beaucoup &#233;taient achet&#233;s par des entreprises &#233;tasuniennes qui sp&#233;culent sur les titres miniers mais n'en ont rien fait. Elles emp&#234;chent alors des soci&#233;t&#233;s qui voudraient investir dans le pays d'acheter &#224; des concurrents comme la Chine et, d'autre part, elles revendent. En r&#233;sum&#233;, on ach&#232;te des titres miniers pour les revendre et pour pouvoir sp&#233;culer et mais sans faire aucun investissement dans le pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est important de pr&#233;ciser le r&#244;le des populations. Dans les grands m&#233;dias, on voit souvent la politique comme uniquement d&#233;pendante des politiciens&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, si le pr&#233;sident Tshisekedi s'oppose &#224; Kagam&#233;, c'est parce qu'il est pouss&#233; par la population qui en a ras-le-bol. Si Kagam&#233; recule un peu, c'est parce qu'il est pouss&#233; aussi par la population congolaise qui le d&#233;nonce. Tshisekedi s'est rendu en Chine en 2023 pour la premi&#232;re fois. Il n'y avait jamais &#233;t&#233;. A la diff&#233;rence de Joseph Kabila, qui s'&#233;tait rendu directement en Chine apr&#232;s son accession au pouvoir. Apr&#232;s son &#233;lection, F&#233;lix Tshisekedi, lui, est directement all&#233; aux &#201;tats-Unis et en Europe. S'il s'est rendu en Chine, ce n'est pas parce que la population a manifest&#233; avec des pancartes, mais car elle lui a fait passer le message suivant : &#171; On veut b&#233;n&#233;ficier de nos richesses, on veut du travail on veut de l'emploi, on veut des usines, on veut que nos richesses soient exploit&#233;es ici &#187;. Nombre de Congolais poussent le pr&#233;sident &#224; trouver une solution, &#224; chercher des voies qui mettent en concurrence finalement l'Occident avec d'autres puissances. Le multilat&#233;ralisme d&#233;velopp&#233; avec la Chine a permis d'apporter un autre paradigme pour la RDC. Tshisekedi est oblig&#233; de viser une &#233;conomie qui tienne la route et est pouss&#233; par sa population politiquement vigilante, tandis que cette derni&#232;re est souvent pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re mis&#233;rabiliste dans les pays du Nord&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment, &#224; partir de l'Europe, soutenir au mieux la population congolaise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Belgique ou dans les pays du Nord, nous devons avoir conscience que le besoin rel&#232;ve d'une solidarit&#233; internationale entre les peuples, c'est-&#224;-dire une solidarit&#233; indispensable tant pour les peuples vivant dans les pays du Nord que les peuples vivant dans les pays du Sud, nos luttes ont une base commune. On parle d'exploitation souveraine, on parle de richesses au profit de la population : il s'agit d'une remise en cause du syst&#232;me capitaliste. C'est aussi la construction de mouvements dans les pays du Nord. D'une part, pour d&#233;noncer le r&#244;le n&#233;faste jou&#233; par l'Europe, par la Belgique, par les &#201;tats-Unis et critiquer ce qui y est vot&#233;. D'autre part, au niveau de la presse, il doit y avoir un discours alternatif, parler des enjeux actuels, des analyses sur les enjeux internationaux par rapport au Congo et &#224; l'Afrique en g&#233;n&#233;ral, montrer les diff&#233;rents int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et politiques. Ce qu'on peut aussi faire au Nord, c'est relayer vers les d&#233;put&#233;s belges ou europ&#233;ens la demande de mettre l'actualit&#233; du Congo &#224; l'ordre du jour. Car les points &#224; l'agenda au parlement europ&#233;en sont souvent des discussions sur des pays qui sont les alli&#233;s de l'Europe. Par exemple, ils ne mettront pas facilement &#224; l'ordre du jour le fait que Macky Sall, leur alli&#233;, enferme plus de mille d&#233;tenus politiques au S&#233;n&#233;gal. Ou qu'une multinationale, comme Glencore, impose de mauvaises conditions de travail au Congo et ne paie pas ses taxes&#8230; Il faut changer de paradigme par rapport &#224; ce syst&#232;me d'aide au d&#233;veloppement dans lequel des acteurs sociaux belges vont &#171; aider &#187; des acteurs en Afrique. C'est fini, &#231;a ! C'est n&#233;ocolonial et sans avenir. Changer le paradigme, c'est &#234;tre r&#233;solument dans une d&#233;fense de la souverainet&#233; des pays africains, suivre les mouvements qui tentent d'am&#233;liorer les choses et leurs luttes de terrain. Derni&#232;rement des manifestations ont eu lieu &#224; Bruxelles, &#224; Paris pour d&#233;noncer la guerre au Congo avec des jeunes rappeurs, Naza, Gradur, Mokob&#233;, et de nombreux autres artistes issus de la diaspora congolaise et d'Afrique subsaharienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Source :&lt;a href=&#034;https://investigaction.net/isabelle-minnon-pour-limperialisme-il-ne-faut-surtout-pas-que-le-congo-se-developpe/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Investig'Action&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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